(DÉ)CONFINEMENT : L’EXIGENCE DE TRANSCENDER LES MAUX

Le « déconfinement » est une expression actuellement sur toutes les lèvres, au moment où les deux tiers de l’Humanité sont actuellement confinés, invités au nom d’un combat à armes inégales contre un ennemi invisible, à faire socle et à respecter un même mot d’ordre : « restez chez vous ». A l’unisson, l’immense majorité de la population mondiale a répondu à un appel universel de mobilisation générale, jamais constaté en temps de paix, si tant est qu’on puisse encore qualifier ainsi la période de crise inédite que nous vivons. Pourtant, face à la complexité d’un triple choc, sanitaire, économique et social, sans oublier l’impact d’un contre-coup psychologique certain, de plus en plus de voix s’élèvent pour exprimer la nécessité de laisser la vie reprendre son cours, pour essayer de sauver encore ce qui peut l’être, dans une sorte de « quoi qu’il en coûte », tellement plus cynique et morbide que sa première version, jadis présentée comme slogan pour combattre, à tout prix, un virus qualifié d’ennemi sournois et invisible. Les manifestations en faveur de la levée du confinement aux Etats-Unis et au Brésil, où le chômage explose, illustrent la nécessité « vitale » pour certains de sortir d’un confinement qui ne sait pas tout résoudre. Il est évident que l’assertion très trumpienne, « le remède ne peut être pire que le mal », est difficilement critiquable – sauf si on s’entend sur l’utilité même du confinement, qui doit être davantage perçu comme un moyen, plutôt que comme une fin – d’autant plus que, selon les experts, chaque mois de confinement créera une décroissance annuelle supplémentaire de 3% du PIB.

Face au Covid-19, le confinement est un sacrifice nécessaire, qui n’a pas vocation à traiter le mal à la racine, mais qui vise, plutôt, à altérer considérablement sa propagation. Sur ce point, plus que tout autres moyens, le confinement est salvateur, puisqu’il a indéniablement permis de briser la chaîne de contamination du virus. En cela, il a rempli son seul véritable objectif, à savoir permettre, à la fois, de préserver, tant bien que mal, les systèmes de santé préexistants d’une saturation fatale, mais, surtout, de donner, face à la crise, du temps aux Etats pour se mettre, sur le plan sanitaire, au niveau de la menace, en multipliant les lits de réanimations et en augmentant leurs stocks de respirateurs. En évitant le pire grâce au confinement et en « reconstituant leurs forces », les systèmes nationaux de santé se sont donnés les moyens d’être mieux armés pour affronter un rebond de l’épidémie, voire d’une possible deuxième vague automnale, que d’aucuns estiment potentiellement dévastatrice.

Le Covid-19 a entraîné une prise de conscience sur notre vulnérabilité. La crise sanitaire, doublée de la crise économique qui s’ensuit, nous renseigne sur le fait que nous sommes collectivement démunis, face à l’absence de certitudes et à l’inconnu. La science, elle-même, se retrouve confrontée à son incapacité de pouvoir apporter des réponses concrètes aux nombreuses interrogations. Certains n’hésitent plus à affirmer que la science ne saurait être, désormais, considérée comme une vérité absolue. D’autres, les tenanciers habituels des diverses théories complotistes avancent, même, que c’est la science qui serait responsable du Covid-19 et de sa propagation. Sans sombrer dans la facilité d’un procès d’intention, fort inutile, de la science – sachant que c’est d’elle que la lumière, le vaccin, viendra – il est tout de même légitime de remettre en question, devant les contradictions constatées quotidiennement, la parole des sachants, censés éclairer les profanes que nous sommes. Ceux qui sont supposés « savoir », expriment-ils une vérité ou une opinion ? La question mériterait d’être posée alors, même, que nous vivons une pandémie, disséquée et commentée en direct, tout en gardant à l’esprit que le temps médical ne saurait être le temps politique et, encore moins, le temps médiatique.

Les allégations sur les traitements, sur les effets potentiels de la chaleur, sur le caractère saisonnier du virus, sur sa mutation ou, encore, sur le degré de contagiosité des enfants sont démenties par des études qui arguent de bénéficier de suffisamment de recul dans le temps pour justifier le bien fondé de leurs conclusions. Mais au-delà de toutes ces questions essentielles, c’est bel est bien la question de l’immunité de la maladie, encore présentée il y a peu comme une vérité certaine, qui cristallise la crise de l’autorité (des) scientifique(s), bouleversant ainsi les stratégies de tous les épidémiologiques, et, par ricochet, celles des acteurs politiques, censés préparer l’étape post-confinement. De fait, si les patients Covid-19 positifs guéris ou asymptomatiques développent une immunité momentanée et restreinte dans le temps, les risques de recontamination de ces mêmes patients sont réels, annihilant ainsi toutes les théories bâties autour du principe d’immunité de groupe. Le nouveau Coronavirus est un ennemi sournois et insidieux, sur lequel nous ne savons que trop peu de choses. Alors, partant de ce postulat, comment fonder une politique publique efficace, celle du déconfinement, sur un « peut-être », sur des hypothèses et sur des multiples incertitudes ?

« Plaider l’ignorance n’enlèvera jamais notre responsabilité ». Ces mots de John Ruskin viennent rappeler aux décideurs publics leurs devoirs d’aller bien au-delà de la vaste trainée d’obscurité laissée par la propagation d’un virus imprévisible, qui renferme, en lui-même, tant d’inconnus et de mystères. Construire une stratégie progressive de déconfinement revient d’abord à capitaliser sur ce que nous savons. C’est-à-dire si peu de choses. En l’absence de vaccin, dont les plus optimistes prévoient l’arrivée dans 18 mois, la doctrine en vigueur est de réduire le R-0 – le degré de contagiosité du Covid-19, évalué en période hors confinement à un indice de 3 à 4 personnes contaminés par un seul patient positif – et le maintenir à un niveau nettement inférieur à 1, idéalement autour de 0,5.  La distanciation sociale, qui ne permet pas d’interrompre brutalement, comme c’est le cas pour le confinement, la chaine de contamination du virus, sera la norme absolue pendant de très longs mois. Elle contribue à réduire le R-0, dont le monitoring sera la véritable boussole de tous les gouvernements en période de reprise de l’activité. Pour maintenir le R-0 à un niveau acceptable, il sera essentiel de renforcer les règles de distanciation sociale à travers un dispositif de généralisation des tests et la mise en place de règles strictes en matière de protection et de gestes barrières, dont, c’est l’évidence même, le port du masque obligatoire dans les espaces publics, sachant que ceux-ci, une fois portés, ne dispensent aucunement du respect des gestes barrières.

 

Assurer la continuité de la Nation et apprendre à vivre avec le Virus

A l’heure de la plus grave récession économique vécue depuis près d’un Siècle, la nécessité de « rebooter » les économies nationales relève d’un aphorisme péremptoire. Pourtant, autre tautologie implacable, garantir la relance économique, à travers la reprise du cours normal de la vie de la cité, reviendrait à assurer la relance de l’épidémie. Et c’est bien là que réside la difficulté pour les gouvernements d’arrêter une stratégie de reprise efficace, sans qu’elle ne puisse, en apparence, épouser les contours d’une équation insoluble, d’autant plus que la bataille devra être menée sur deux fronts, le sanitaire et le socioéconomique. Le combat pour la santé ne peut se faire au détriment du combat pour l’économie et inversement. Il serait, d’ailleurs, complètement anachronique et illusoire de tenter de les opposer. En l’absence de traitement et de vaccin, tout est question de dosage et d’équilibre périlleux, sans pourtant renier l’importance de la vie ou de négliger celle de l’économie. « Sauver des vies et l’Economie » titrait très justement la Commission Economique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA), à l’occasion de la publication de son dernier Rapport sur le Covid-19. Nous le verrons par la suite, c’est à cette double vocation, irrémédiablement indivisible, que devront souscrire les différentes stratégies gouvernementales de reprise de l’activité.

Nous assistons, aujourd’hui, à un important consensus autour de la nécessité d’un déconfinement organisé. Au même moment, en l’absence de vaccin, nous sommes contraints de cohabiter avec le virus pour une longue période. Aujourd’hui, dans le discours des responsables politiques, même de ceux qui ont le plus insisté sur la nécessité de respecter un strict confinement, le poids de l’économie n’a jamais été aussi important dans la balance. Gardons cependant à l’esprit que nous venons de vivre une véritable rupture en période d’adversité, tranchant littéralement avec les réactions observées traditionnellement en temps de crise. De tout temps, les réflexes habituels de gestions des crises les plus graves revenaient à accepter des pertes humaines, jugées inévitables, sans pour autant affaiblir, au-delà d’un certain seuil acceptable, la sacrosainte économie.

De fait, le principal changement de paradigme engendré par cette crise se constate à travers le refus de sacrifier une minorité pour assurer la survie économique d’une majorité supposée être moins exposée. Pour la première fois de l’Histoire contemporaine, la santé a universellement prévalu, faisant accepter aux gouvernants et aux gouvernés la gravité du préjudice subi par l’économie. Cet humanisme salvateur doit continuer à prévaloir, même si face à des Nations économiquement ébranlées et fragilisées, le réalisme retrouve progressivement toute sa place dans l’agora politique. Apprendre à vivre avec le Covid-19 et apprendre à accepter le virus ne devrait, en aucun cas, être l’expression d’un vulgaire fatalisme ou l’acceptation forcée de la destinée. Il s’agit plutôt d’œuvrer, avec lucidité, à la sauvegarde du socle national, et donc social, parce que sécurité sanitaire et stabilité socioéconomique font partie d’un même tout.

Le déconfinement, qui devrait par nature être progressif, ne pourrait correspondre ni à la loi du tout au rien, ni, non plus, à celle du rien au tout. En cette période de crise, qui n’offre pas de points récents de comparaison, les règles sont par définition adaptées aux résultats. Si gouverner c’est prévoir, pendant cette crise, gouverner devient prévenir et agir, même sans certitudes. En d’autres termes, la stratégie de déconfinement se conjuguera à l’impératif et au conditionnel. A charge donc aux décideurs publics, lors de la modélisation des stratégies de déconfinement, de trouver le bon dosage entre principe de prudence (la prévention) et principe de prévoyance (l’anticipation). Cette modélisation, ne pourrait être juste, sans être accompagnée par une valorisation, matérielle et immatérielle, des principaux acteurs du confinement, pourtant membres à part entière de la cité, dont on rechignait, jusque-là, à reconnaître l’existence sociale (caissières, achalandeurs, transporteurs, livreurs, éboueurs, etc.).  Cette revalorisation nécessaire devra, au même titre, concerner, bien entendu, les « soldats » de la « première ligne », les soignants, les personnels de santé et les forces de l’ordre.

 

Principes du déconfinement : l’approche Churchillienne

Compte tenu de la forte contagiosité du Coronavirus, le processus de déconfinement est une opération sensible, périlleuse et délicate à opérer sur le plan sanitaire. Il s’agit, de surcroît en l’absence de vaccin et de traitement, d’un long chemin, hautement critique et semé d’embûches. C’est un véritable moment de vérité et de responsabilité. Si l’amélioration de la situation sanitaire, constatée actuellement, permet d’amorcer ce virage, que la détérioration de la situation économique exige, une reprise improvisée et à la hâte de l’activité, sans pares-feux, sans approche mesurée, étalée dans le temps, mais aussi sans objectifs définis, serait totalement contreproductive, voire potentiellement dramatique.

Réussir le déconfinement, c’est avant tout éviter certains systématismes ou certaines inepties. A titre d’exemple, condamner les séniors, mais aussi les plus vulnérables, à un confinement sine die et « libérer » les « plus forts » – à supposer, d’ailleurs, qu’ils le soient eux-mêmes, alors que le nombre de patients en réanimation, jeunes ou sans morbidités, démontre que personne n’est invulnérable – serait, d’abord, fortement injuste et inégalitaire, puis relèverait de l’institutionnalisation d’une forme nouvelle d’eugénisme, alors que les concepts fumeux de sélection naturelle sont censés appartenir à un autre temps. Pour être réussi, le déconfinement ne peut se faire que par strates, par étapes, avec la possibilité de revenir en arrière, en cas de résultats insatisfaisants, pour prévenir toute forme de rebond de l’épidémie. « Que la stratégie soit belle est un fait, mais n’oubliez pas de regarder le résultat », haranguait très justement Winston Churchill. Autrement dit, l’efficacité du déconfinement doit se mesurer en termes d’impacts sur l’activité économique mais, bien plus encore, en matière d’évolution épidémiologique. A cette fin, parce que la relance économique est tout aussi indispensable que l’importance de contenir la propagation du virus, il est essentiel d’être inventif dans la conception de la stratégie de déconfinement, sans pour autant l’opposer au confinement, puisqu’ils font partie, de manière complémentaire, du seul arsenal de riposte dont on dispose actuellement pour faire face au Covid-19.

Dans la littérature disponible, cinq hypothèses, parfaitement illustrées dans un article publié dans le journal Le Monde, sont communément admises par les épidémiologistes comme étant des bases possibles à l’établissement de stratégies de déconfinement :

  • – La « mitigation » : Contenir l’épidémie à travers l’application strictes de mesures de distanciation sociale et les gestes barrières ;
  • – Le « Stop-and-Go » : Confinement généralisé en alternance ou en intermittence avec un retour à la « normale » dès que les hôpitaux ne sont plus saturés ;
  • – Le confinement localisé : Cartographie des foyers actifs qui restent confinés et levée du confinement dans les régions moins touchées ;
  • – Le confinement ciblé : Confinement des personnes présentant des symptômes et des populations jugées à risques (personnes âgées, personnes avec des comorbidités, femmes enceintes, etc.) ;
  • – Le couple dépistage-traçage : Dépistages généralisés des personnes atteintes de symptômes fiévreux ou grippaux, isolement des patients positifs, traçage des cas contacts à travers une application mobile de « Tracking ». Ceux-ci sont testés et isolés à leur tour. Il s’agit du modèle sud-coréen.

 

Partant de ces différents concepts, définir le déconfinement idéal, reviendrait à tous les insérer dans une seule et même stratégie de (dé)confinement, graduellement de moins en moins stricte, en fonction des deux paramètres sanitaires et socioéconomiques. En théorie, le déconfinement serait un mécanisme progressif de confinement dégressif, dont le principe directeur est le maintien du R-0 à une valeur nettement inférieure à 1. A partir de là, les pouvoir publics doivent assumer pleinement le risque de se tromper, en s’offrant la possibilité de pouvoir revenir à un confinement plus strict, sans pour autant donner l’impression de jouer trop aisément avec des vies humaines, qu’elles soient, d’ailleurs, jeunes ou moins jeunes.

« Il ne sert à rien de dire « Nous avons fait de notre mieux ». Il faut réussir à faire ce qui est nécessaire ». De nouveau, cette référence à l’acuité de Churchill en temps de crise, dénote de l’obligation pour la puissance publique d’être, plus que jamais, orientée résultats. Ce « nécessaire » Churchillien reviendrait, dans le contexte actuel, à épouser le dogme de la prévention qui devrait être élevé en norme. Ce même « nécessaire », impose également aux systèmes de santé, certes sur les rotules, du moins ceux qui le pourront, d’adresser les patients souffrants d’autres pathologies, pour éviter d’ajouter une crise sanitaire à la crise sanitaire. A titre d’illustration, Ebola a, indirectement, davantage causé de décès chez les victimes malades non atteintes du virus que chez les patients Ebola. Lors des épidémies de cette nature, la crainte de se rendre à l’hôpital ou le manque de places disponibles pour traiter d’autres pathologies ont des conséquences tout aussi dévastatrices que celles du fléau de l’heure. Enfin, ce « nécessaire » consisterait, de surcroît, à continuer d’imposer, aujourd’hui, une indispensable limitation drastique des déplacements et à exiger, demain, faute de disponibilité de solutions moins contraignantes, une nécessaire restriction, au nom du droit à la vie – la nôtre ou celle d’une personne que nous aurions croisé – du droit à la protection de la vie privée.

Le déconfinement permettra d’ériger la prévalence de la distanciation sociale en socle protecteur durable de la Nation. Les principes de responsabilité et de responsabilisation individuel sont d’autant plus importants en période de déconfinement, sachant que les restrictions et les interdictions seront progressivement levées, malgré le prolongement de la circulation du virus jusqu’à l’arrivée d’un vaccin. « Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité ». Ce n’est pas dans ce contexte d’entrée dans le déconfinement, qui correspond à un retour progressif des libertés, un temps confisquées dans l’intérêt général, que cette maxime atemporelle de Victor Hugo sera contredite. Parallèlement à cette levée des restrictions et en accord avec la notion de responsabilité citoyenne, la modélisation du déconfinement et ses enjeux imposent de trancher la question de l’autonomie de décision.

L’Etat proposera un cadre, de nouvelles règles moins contraignantes mais suffisamment contraignantes pour éviter un redémarrage de l’épidémie, cependant, l’atteinte des objectifs du déconfinement, à savoir le passage progressif d’une phase plus stricte à une étape moins stricte, dépendra principalement du comportement des individus. Cette autonomie de décision concernera également les acteurs locaux, tant la gouvernance territoriale et l’action locale sont indispensables dans la définition et la mise en œuvre de la stratégie de déconfinement. La logique locale et régionale, compte tenu des spécificités territoriales, y compris sur le plan épidémique et sanitaire, devra primer sur la logique nationale, afin, justement, de mieux servir l’intérêt national. En d’autres termes, le déconfinement aura une déclinaison locale et régionale ou ne sera pas.

In fine, la stratégie de déconfinement progressif, ou de confinement dégressif, devrait être construite à partir d’éléments de résilience, tant sanitaires qu’économiques. Il s’agira d’abord de déterminer les priorités, puis d’arrêter un calendrier réaliste de passage d’une phase à l’autre, basé sur des éléments scientifiques, et enfin d’assumer pleinement les possibilités, à tout moment, de retour en arrière. Le déconfinement étant un pari et non une science exacte, l’Etat stratège doit pouvoir allier humanisme et réalisme. Il est aisé, en temps de crise, de promettre « du sang, de la sueur et des larmes », mais cette promesse ne prend tout son sens que si l’Etat garantit, à travers un processus, même imparfait, lisible et clair, qu’une « victoire totale », sur les plans sanitaires, sociaux et économiques, sera au bout du chemin.

 

Maroc : De la riposte volontariste au (dé)confinement proactif

A l’initiative de SM le Roi Mohammed VI, la riposte multidimensionnelle, à la fois sanitaire, économique, sociale et industrielle, du Maroc est unanimement saluée. Cet ensemble de mesures, urgentes, fortes et courageuses, de prévention et d’anticipation, dictées par le Souverain pour tenter d’endiguer la propagation du Covid-19, ont permis au Royaume de prendre le contrôle sur la propagation épidémique, même si le nombre quotidien de nouveaux cas positifs n’a toujours pas enregistré de baisse durable, ce qui justifie d’ailleurs le prolongement, dans le pays, du confinement général obligatoire. Même si l’heure du déconfinement progressif n’est pas encore venue, le Maroc engage depuis plusieurs jours une réflexion proactive autour de la stratégie de sortie du confinement généralisé strict. L’enjeu pour le Royaume sera de définir une politique de déconfinement résolument volontariste, réaliste et pragmatique, tout aussi efficace que la première salve de riposte face la propagation du Coronavirus dans pays. Le Maroc sera soumis à la même équation, proposée à de très nombreux pays, qui consiste à assurer la relance progressive de son économie, sans pour autant relancer la propagation au niveau national de l’épidémie.

Au Maroc la situation épidémique est maîtrisée, grâce au confinement, à l’obligation de porter des masques en extérieur, à la multiplication par deux du nombre de lits de réanimation, à l’augmentation des tests de dépistages quotidiens et au suivi des cas contacts, qui représentent plus de 65% des patients positifs depuis le début de l’épidémie et près de 90% des cas positifs sur les sept derniers jours. Près de 4% des patients sont considérés comme des cas graves et sont en soins intensifs ou en réanimation. Le taux de létalité, de 4,2% le 24 avril, est en baisse constante depuis deux semaines, alors que 83% des lits de réanimation consacrés au Covid-19 sont disponibles. C’est dire la marge du Royaume, même si son R-0 reste pour le moment légèrement supérieur à 1. Toutes proportions gardées, la France, qui a fixé la date de sortie du confinement au 11 mai, possède un R-0 de 0,6 mais n’a que peu de marge en matière de lits de réanimation, contrairement à son voisin allemand, dont le R-0 est à 0,7 mais qui possède l’une des plus importantes marges de lits de réanimation en Europe.

 

Nous l’avons vu plus haut, la marge de lits de réanimation disponibles, certes rassurante, ne devrait pas être le seul facteur de bascule vers le déconfinement, ce qui reviendrait à accorder une prime au cynisme. Le changement, nécessairement encadré, de paramétrage des restrictions ne peut être envisagé qu’à la suite de la constatation d’une baisse, sur une durée minimale de 14 jours, des cas quotidiens de contaminations, mais aussi de la stabilisation du R-O autour d’une valeur inférieure à 1. Nous avons vu précédemment, du fait de leur complémentarité, qu’il serait illusoire d’opposer le confinement et le déconfinement. De la même manière, le déconfinement progressif ne pourrait être pensé comme le chemin inversé des étapes qui ont conduit au confinement généralisé. Le déconfinement ne saurait être la vulgaire translation du confinement, ce qui reviendrait à en faire une caricature des plus simplistes.

Les mesures successives légitimes, drastiques et courageuses ont été arrêtés subitement par un Etat marocain qui a, sous la supervision de SM le Roi Mohammed VI, pleinement assumé son devoir de prévenir pour mieux protéger. Si la brusquerie de la décision de confinement est pleinement acceptable, le déconfinement ne peut, quant à lui, se décréter du jour au lendemain. Il doit, en amont, être minutieusement anticipé et judicieusement pensé. C’est de la pure prospective. Nul doute que les autorités du Royaume, qui ont su parfaitement faire preuve, tout au long de cette crise, d’une attitude proactive, sauront, là encore, être au rendez-vous. En attendant la publication de la stratégie de l’après confinement au Maroc, il m’est apparu pertinent, en accord avec la vocation de l’Institut Amadeus de se faire force de proposition, d’illustrer la présente analyse par une ébauche de modélisation de l’étape post-confinement généralisé, pour le moment arrêtée dans le Royaume au 20 mai prochain.

 

Ebauche de modélisation du (dé)confinement : Le cas du Maroc

Au vu des connaissances actuelles sur la contagiosité du virus et des nombreuses incertitudes qui entourent la durée de la période d’immunité de la maladie du Covid-19, il paraitrait judicieux de construire une stratégie différenciée de (dé)confinement, composée de quatre phases d’allégement progressif des restrictions, en amont du passage à une cinquième et dernière phase matérialisant l’entrée dans l’ère de la vaccination. Ces quatre étapes graduelles, pourraient s’insérer dans le dispositif d’Etat d’Urgence actuel, qui devrait être prolongé jusqu’à la généralisation du vaccin. La possibilité de revenir en arrière, en cas de rebond, d’une phase à celle qui la précède, est, nous l’avons vu, indispensable dans toute stratégie de déconfinement efficace. Pour éviter d’être contraint de revenir, lors de la Phase 1, à la situation actuelle de confinement obligatoire généralisé, il serait judicieux de le prolonger à minima jusqu’au 1er Juin, soit plusieurs jours après l’Aid El Fitr, qui constitue, par définition, un facteur de risque important de rebond de l’épidémie, qui serait, de surcroit, largement accentué s’il devait coïncider avec la date de sortie du confinement général. Le déclenchement de la première Phase de déconfinement, proposée dans cette ébauche de modélisation, impose une adjonction de deux principes essentiels, un R-0 inférieur à 1 et la constatation d’une baisse quotidienne des cas positifs, mais aussi des admissions en réanimation ou en soins intensifs, enregistrés sur une période de 14 jours.

Malgré les très nombreuses incertitudes qui caractérisent cette pandémie, une stratégie de déconfinement « packagée » et étalée dans le temps, permettrait d’assurer une certaine forme de visibilité, dont la vertu, parce qu’elle offre une certaine possibilité de se projeter, est essentielle pour les citoyens, mais aussi pour les entreprises. Cette stratégie devrait être nécessairement accompagnée par la démultiplication des mesures sociales d’accompagnement des entreprises et des ménages, d’autant plus que le dispositif actuel n’a été annoncé que pour une période de quatre mois. Pour favoriser le ciblage des ménages à faibles revenus devant bénéficier des programmes sociaux publics, l’Etat pourrait profiter de cette période pour opérationnaliser, mettre en place et généraliser le Registre Social Unique (RSU), qui vise à assurer l’efficacité, la traçabilité et l’universalité des prestations sociales.

Le lancement de la première Phase, imaginée dans cette modélisation, n’a de sens que si elle est opérée, au même moment sur l’ensemble du territoire national. Le passage d’une étape de déconfinement à la suivante est envisagé, sauf en cas de dégradation de la situation et de rebond de la situation épidémique, après une durée minimum de 22 jours, correspondant à l’addition des 14 jours imputables à la période d’incubation du virus et des 8 jours, à savoir le cap, communément admis, nécessaire à la possible aggravation de la maladie. Il va de soi que le monitoring du R-0 et la stabilisation de son taux autour d’une valeur inférieure à 1 sont également décisifs dans l’évolution du phasage du déconfinement proposé dans ce modèle. On y ajoutera, bien entendu, la capacité de dépistages qui doit être progressivement augmentée, voire doublée, d’une Phase à l’autre. La déclinaison d’une stratégie de déconfinement allie, à la fois, la dimension spatiale et la dimension temporelle, seulement si le processus est harmonisé. La déclinaison de certaines des étapes proposées dans cette modélisation, notamment les Phases 2 et 4, pourrait s’opérer de manière régionale ou préfectorale, en cas de différenciation des réalités épidémiques, qui peuvent varier d’une région, ou d’une ville, à l’autre.

L’ouverture des écoles maternelles, primaires et secondaire, compte tenu de la sensibilité sociale du sujet et des risques importants de rebond, constatés dans des pays, tels que le Japon, traditionnellement qualifiés d’« organisés », pourrait être opportunément envisagée et considérée au même moment dans l’ensemble du Royaume, à partir du mois de septembre. En complément du processus de déconfinement progressif, une stratégie propre au secteur de l’enseignement devra être arrêtée, garantissant les meilleures conditions d’équité entre les élèves d’un même établissement ou entre étudiants poursuivant le même cursus. Concernant le supérieur, la reprise « physique » des cours nécessiterait d’être retardée au maximum. En l’absence d’un vaccin, la généralisation de l’enseignement à distance et du e-learning semblerait être l’issue la mieux appropriée pour l’ensemble des cursus, y compris pour la formation professionnelle, d’autant plus que de nombreuses universités et institutions internationales développent et proposent des solutions permettant de réaliser à distance les travaux pratiques avancés.

La mise en place d’une telle stratégie par phases, impose une cartographie en temps réel – rendue publique pour faciliter la prévention et les précautions prises par les citoyens, premiers protagonistes du déconfinement – par quartiers, par arrondissements, par préfectures et par régions. La maitrise de la data, mais aussi des technologies de « Tracking », est fondamentale dans la réussite de toute stratégie de déconfinement. La capacité de dépistage massif tout autant. Sans pour autant imposer un confinement strict, moralement discutable et contestable, des personnes jugées à risques (personnes âgées et personnes plus jeunes présentant des comorbidités), une attention particulière devra leur être accordée, à travers, notamment, une priorisation en matière de dépistage, d’accès à l’application de traçage et plus tard en matière de vaccination. Sans être exhaustive, la présente modélisation liste, pour chaque Phase, les principes de base qui caractérise l’ébauche de stratégie de déconfinement proposée :

 

Phase 1 Rouge – Confinement strict :

  • – Règles de distanciation sociale drastiques appliquées sur l’ensemble du territoire et dans l’ensemble des espaces publics. Renforcement des mesures sanitaires préventives dans tous les lieux ouverts au public. Port du masque obligatoire en dehors du lieu de résidence (persistance de la règle actuellement en vigueur) ;
  • – Engagement et responsabilisation pénale des employeurs et des responsables des administrations publiques en cas de non-application dans les établissements dont ils ont la charge des règles sanitaires essentielles ;
  • – Maintien du contrôle de la circulation, de la limitation des déplacements et de l’utilisation des autorisations dérogatoires ;
  • – Prolongation de la limitation du nombre de passagers dans les différents types de transports en commun (petits taxis, grands taxis, bus, cars, et tramways) ;
  • – Interdiction des déplacements interurbains non-impérieux ;
  • – Interdiction de tout rassemblement, y compris dans les Mosquées, ou autres lieux de culte, et dans les domiciles, ainsi que des activités balnéaires ou en plein air de tous types ;
  • – Ouverture des unités de production industrielle et reprise des chantiers de BTP, qui présentent des normes et des règles sanitaires strictes. Un système de contrôle régulier par les autorités devra être mis en place ;
  • – Ouverture, sous certaines conditions sanitaires strictes, des petits commerces et magasins non alimentaires, à faible risques, de moins de 200 m² (pressing, drogueries, bricolages, électroménagers, informatiques, vêtements, couturiers, etc.) ;
  • – Télétravail nécessaire, dans la mesure, du possible dans les entreprises et les associations dont l’activité est non stratégique. Il doit être fortement encouragé dans les administrations ;
  • – Rapatriement progressif des touristes marocains, bloqués à l’étranger, soumis, dès leur arrivée, à un dépistage, à une quatorzaine obligatoire et à un isolement à leurs frais dans un établissement public de villégiature ;
  • – Isolement systématique de toutes les personnes présentant des symptômes de fièvre. Elles doivent pouvoir prétendre à être systématiquement testées ;
  • – Isolation des clusters, des foyers actifs, et confinement général obligatoire des quartiers concernés.

Phase 2 Orange – Confinement strict allégé :

  • – Maintien des règles strictes de distanciation sociale dans les lieux et transports publics précédemment citées, incluant le port du masque obligatoire en dehors du domicile ;
  • – Les restrictions des déplacements non essentiels restent de mise, ainsi que la nécessité de se munir d’autorisations dérogatoires pour justifier tout déplacement ;
  • – Autorisation d’effectuer la prière du mort dans les Mosquées, à l’heure des prières du Dohr et du Asr, ouvertes à cet effet, uniquement pour un nombre restreint de proches du défunt. Le port du masque doit être obligatoire, chaque fidèle devra apporter son tapis de prière et les ablutions devront être effectuées en dehors des espaces dédiés dans la Mosquée ;
  • – Autorisation, sous conditions strictes et sous la supervision des autorités, avec la présence au maximum d’une dizaine de personnes, des cérémonies de levée du corps et de veillée funéraire dans les domiciles, afin pouvoir de renouer avec le processus de deuil, fondamental dans une société ;
  • – Autorisation des cérémonies de mariages, sous conditions strictes et sous la supervision des autorités, avec la présence au maximum d’une dizaine de personnes, dans les domiciles ;
  • – Ouverture de salles de sport, des salons de coiffure, de beauté et de soins, sous condition de strict respect des règles sanitaire et de distanciation sociale. Un contrôle régulier par les autorités devra être effectué ;
  • – Isolement obligatoire, sous surveillance médicale, des cas Covid-19 positifs, asymptomatiques ou peu symptomatiques, dans des hôtels ou des centres d’hébergement aménagés à cet effet ;
  • – Mise en place de l’application de « Tracking » et isolement, en plus du suivi médical, des cas contacts.
  • – L’application de traçage vient accompagner les moyens humains de suivi et de cartographies des cas contacts. A ce stade du déconfinement le Maroc devrait avoir la capacité d’effectuer plus de 5000 tests de dépistage par jour ;
  • – Reprise, sous certaines conditions, des chirurgies non urgentes ou non essentielles.

Phase 3 Jaune – Confinement mesuré :

  • – Maintien des règles strictes de distanciation sociale dans les lieux et transports publics précédemment citées, incluant le port du masque obligatoire en dehors du domicile ;
  • – Allégement des mesures de limitations des déplacements interurbains, sous réserve d’utilisation du « Tracking ».
  • – Les déplacements intra-urbains restent justifiés et soumis à un contrôle ;
  • – Ouverture, sous certaines conditions sanitaires strictes contrôlées par les autorités compétentes, des crèches, des écoles maternelles et primaires, ainsi que des collèges et des lycées ;
  • – Ouverture à mi-capacité, sous certaines conditions sanitaires strictes soumises au contrôle régulier des autorités, des cafés, des restaurants et des hôtels non mis à disposition, dans la phase 2, des cas Covid-19 positifs ;
  • – Ouverture des commerces de plus de 200m², des centres commerciaux et des grands magasins, soumis aux mêmes règles sanitaires strictes que l’ensemble des commerces ;
  • – Autorisation des rencontres sportives à huis clos, avec respect des gestes barrières et des normes de distanciation sociale ;
  • – Autorisation des rassemblements publics en extérieur limités à 50 personnes avec respect strict des gestes barrières et des normes de distanciation sociale ;
  • – Autorisations progressives accordées aux étudiants marocains à l’étranger et des résidents marocains à l’étranger dont la famille est établie au Maroc, de regagner le Royaume. Ils devront être soumis, dès leur arrivée, à un dépistage, à une quatorzaine obligatoire et à un isolement à leurs frais dans un établissement hôtelier ;
  • – Encourager les entreprises et les administrations, considérées comme sures, à reprendre une activité de travail, en alternance entre présentiel et télétravail.

Phase 4 Verte – Déconfinement maitrisé :

  • – Maintien des règles strictes de distanciation sociale dans les lieux et transports publics précédemment citées, incluant le port du masque obligatoire en dehors du domicile ;
  • – Ouverture, sous certaines conditions sanitaires contrôlées par les autorités, des Universités, des centres d’enseignements supérieurs et de formations professionnelles ;
  • – Allègement des restrictions de déplacements pour les personnes disposant de l’application de traçage. Les déplacements interurbains, intra-urbains et extra-urbains restent justifiés et soumis à un contrôle ;
  • – Autorisation des réunions publiques en intérieur, y compris dans les Mosquées et autres lieux de cultes uniquement à l’heure des prières, limitées à 25 personnes avec respect strict des gestes barrières et des normes de distanciation sociale ;
  • – Ouverture partielle des frontières aux voyageurs justifiant des motifs impérieux et proposition de quelques fréquences maritimes et aérienne hebdomadaires depuis et vers le Royaume. Les voyageurs entrants au Maroc devront se soumettre, dès leur arrivée, à un dépistage, à une quatorzaine obligatoire et à un isolement à leur frais dans un établissement hôtelier ;
  • – Retour progressif à la normale au sein des entreprises et des administrations, sous condition du respect des normes de prévention.

Phase 5 – Sortie du confinement :

La Phase 5 de ce modèle, correspondant à l’étape de sortie de confinement est conditionnée par l’arrivée du vaccin. Elle doit être également paramétrée. Au fur et à mesure de la généralisation de la vaccination, le maintien des règles strictes de distanciation sociale dans les lieux et transports publics, mais aussi le port du masque obligatoire en dehors du domicile, restent essentiels. Les déplacements devront être contrôlés et autorisés, dans une très large mesure, uniquement aux personnes vaccinées, présentant une attestation sérologique. Le R-0 et les données épidémiologiques nécessiteront un monitoring continu, pour attester de l’immunité de groupe de la population, une fois la généralisation de la vaccination actée.

Les populations fragiles devront être vaccinées en priorité, ainsi que, symboliquement, toutes les personnes qui auront constitué, tout au long la crise sanitaire, les rangs de la « première » et de la « deuxième ligne » de front face au Covid-19. Enfin, l’ouverture totale des frontières maritimes, terrestres et aériennes devra être tributaire de la mise en place d’un passeport sérologique.

 

Postulat

La crise du Covid-19 nous impose de faire preuve d’innovation, de bouleverser nos certitudes, de nous remettre en question tout simplement. Depuis plusieurs années, nous évoquons dans les grandes conférences internationales, à l’emporte-pièce il faut l’admettre, des changements de paradigmes ou des disruptions, certes séduisants sur le papier mais restés cantonnés au stade de concepts sans lendemains, malgré les bonnes intentions de leurs promoteurs. Le Monde ne manque pas de bonnes idées. Il ne manque pas non plus de profils capables de les implémenter. Maintenant que le Monde est confronté à un défi, qu’il n’a pas su voir venir, il n’y a pas d’autres choix que de mettre la machine du changement en état de marche.

Ringardisé, il y a encore deux mois, Keynes revient au goût du jour, alors que la crise économique ne fait que commencer et que le rôle de l’Etat dans la relance sera prépondérant, n’en déplaise aux apôtres de la non-intervention et de l’austérité. A l’heure de l’individualisme à outrance et de l’ultra-consommation, l’émergence, par temps de crise, d’un altruisme et d’un humanisme vertueux, qu’on pensait à jamais perdus, semble autant naturelle que surprenante. « Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie », disait André Malraux. Les dernières semaines lui donnent incontestablement raison. Ne l’oublions pas lorsque tout recommencera, dans 6, 12 ou 18 mois. Certains réflexes, même soumis à un très long confinement, ont la peau dure.

D’aucuns estiment que le Covid-19 marquera le début d’une ère nouvelle. Peut-être. Mais nous n’en sommes pas encore là. Nous sommes toujours en pleine tempête et nous sommes tout juste sur le point de remporter notre première victoire contre le virus, que nous n’aurons sans doute même pas l’occasion de célébrer, au risque de lui prêter le flanc et de nous exposer à un rebond tant redouté. C’est dire que l’équilibre est bancal. Avant de soumettre les acteurs politiques aux enjeux de l’après Covid-19, la priorité sera de réussir la stratégie de déconfinement, progressive et étalée dans le temps, avec le moins de dégâts possibles. Pour se faire, l’accent sera mis sur la nécessité de reprise graduelle de l’activité économique, sans, à aucun moment, accepter une quelconque forme de complaisance avec le virus. Dans le cas du Maroc, réussir le déconfinement reviendrait à installer le Royaume dans les meilleures dispositions pour lui permettre d’implanter un Modèle de développement post-Covid-19 durable, juste et équilibré. Plus globalement, pour réussir le déconfinement, il faudra répondre à l’exigence de transcender les maux sanitaires et socio-économiques.

 

Brahim Fassi Fihri

Président de l’Institut Amadeus

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