Revue de presse: intervention en Lybie et la résolution 1973
Depuis le 15 février, touchée à son tour par le mouvement de contestation dans le monde arabe, la Libye se soulève contre Mouammar Kadhafi. Face à l'opposition grandissante dans les villes, le Colonel Kadhafi choisit d’utiliser les armes pour mater les protestations. Le mouvement d'opposition se transforme alors en véritable insurrection contre le régime, notamment mais pas seulement dans l'Est libyen, dont la 2ème plus grande ville du pays, Benghazi. Les territoires rebelles s'organisent et un Conseil National de Transition est créé le 27 février. Mais du 10 au 17 mars l’Armée loyaliste gagne rapidement du terrain face à une opposition sporadique, inexpérimentée et totalement sous-équipée.
La résolution 1973 de l'ONU a été votée jeudi 17 mars au Conseil de Sécurité avec 10 voix pour et 5 abstentions.
Cette résolution prévoit « une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye, et l'usage de tous les moyens nécessaires pour protéger les populations civiles à l'exception de forces d'occupation étrangère », ce dernier point était d’ailleurs la condition explicite de Moscou pour s’abstenir. La Chine reste aussi très réticente, tout comme l’Inde et le Brésil dont la nouvelle présidente Dilma Roussef tient à la doctrine de non ingérence de son prédécesseur au nom de la coopération « Sud-Sud ». Hasard du calendrier, Barack Obama se trouvait au Brésil le jour du début des frappes aériennes. Les BRIC se montrent extrêmement prudents envers l’intervention militaire en Lybie sans pour autant la critiquer publiquement. Le Brésil ou l’Inde, considérés par tous comme des régimes démocratiques se sont abstenus de voter la résolution 1973 et se posent ainsi en recours à « l’hégémonie occidentale».
Au final, la communauté internationale reste partagée sur la meilleure façon de répondre aux soulèvements populaires dans les pays arabes. Le précédent du Kosovo et de l’Afghanistan forment en ce sens une jurisprudence à la fois probante stratégiquement mais discutable politiquement. La nécessité d’ingérence pour protéger les civils se heurte ainsi au devoir de respecter le principe de la souveraineté, et à l’exercice bien difficile d’encadrer le premier se pose la question de l’obligation d’intervenir semble penser Thérèse Delpech ancienne conseillère en stratégie d’Alain Juppé. Aussi, au poids de la responsabilité humanitaire se rajoute celui de la responsabilité morale écrit Bernard Kouchner ex Ministre des Affaires Etrangères Français et concepteur de l’idée de l’ingérence humanitaire, alors que Abdelbari Atouan, Directeur du Journal Al-Qods Al-Arabi reste sceptique, car pour lui, l’intervention en Libye n’est qu’une copie française de l’intervention américaine en Irak. Ni en Chine, ni en Inde ni au Brésil les éditorialistes ne se prononcent pour l’instant sur la nature et les motivations de cette intervention. Les différents journaux arabes et les journaux occidentaux, n’ont pas tous un avis semblable entre eux, mais forment le cœur de des différentes lectures de cette résolution 1973. Cela atteste qu’en Lybie après les deux guerres d’Iraq le dialogue entre le monde arabe et le monde occidental est en question, sous surveillance du monde émergent.
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Les articles sélectionnés:
1. Texte La résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l’ONU, 17 mars 2011
2. « Je l’approuve aussi par réalisme politique», entretien avec Thérèse Delpech, Libération (France).
3. « Libya: the morality of intervention», Bernard Kouchner, The Guardian, Londres.
4. « مصيدة الحظر الجوي », Abdelbari Atouan, Al-Qods Al-Arabi.





