MEDays 2011, vers un nouvel ordre mondial
Quelques semaines après le Forum MEDays 2011, j’aimerais partager avec vous mes quelques réflexions et lectures sur les leçons à retenir de la quatrième édition de l’événement phare de l’Institut Amadeus. Il me parait essentiel d’affirmer tout d’abord que ce Forum a atteint sa maturité et sa vitesse de croisière, en intégrant le cercle très fermé des conférences internationales de premier plan. Le Forum MEDays représente aujourd’hui un cadre de partage d’expérience unique regroupant les pays du Sud avec leurs partenaires du Nord.
La quatrième édition du Forum MEDays, dont la thématique générique est le « Sud dans la gouvernance mondiale », est intervenue dans un contexte national, régional et international exceptionnel. L’année 2011 a connu en effet une multitude de bouleversements sans précédents, heureux ou malheureux. Le monde arabe s’est mis en mouvement dès le début du mois de janvier avec la chute de Ben Ali. En février, ce fût le tour de Moubarak, conduisant irrémédiablement aux soulèvements en Libye, au Yémen et en Syrie.
De cette année, on retiendra également le tsunami au Japon et l’accident de Fukushima, la victoire d’Alassane Ouattara, la mort d’Oussama Ben Laden, la crise de l’euro, le déclassement de la note souveraine américaine, la demande d’adhésion de la Palestine au Nations unies et la propagation mondiale du mouvement des Indignés. Le Maroc a connu également une accélération importante de son processus de réforme. Le 25 novembre dernier, les Marocains ont participé aux premières élections législatives d’une nouvelle ère constitutionnelle, en portant aux pouvoir le Parti de la Justice et du Développement.
L’ensemble de ces événements a considérablement bouleversé nos lectures et nos analyses. Ils ont tous été discutés et débattus lors des MEDays 2011, autour de personnalités ayant pris part ou vécu de près ces événements historiques.
Une place importante a été tout naturellement consacrée dans nos discussions aux « Printemps Arabes ». Les élections en Tunisie et la proclamation de la libération de la Libye par le Conseil National de Transition (CNT) sont des premières indications importantes sur l’avenir de la région. Les intervenants ont eu le recul nécessaire pour faire, avec les principaux acteurs de ces changements, un premier bilan des révolutions dans le monde Arabe.
C’est un élan de libertés porté par les peuples qui a conduit à une accélération de l’Histoire, sans précédent dans la région depuis les indépendances. La rue arabe, souvent caricaturée en Occident, s’est battue (se bat encore aujourd’hui au Yémen et en Syrie) pour retrouver sa dignité. Cet «éveil arabe» est la démonstration absolue que la région n’est pas exsangue aux valeurs universelles de démocratie et de liberté. Ces acquis doivent être préservés et renforcés malgré les nombreuses inquiétudes nées d’une certaine radicalisation d’une importante partie des populations arabes.
La pacification de la Libye et le désarmement des populations sont décisifs. Les tensions intercommunautaires en Egypte sont vives. En Syrie la situation se dégrade de jour en jour, les hésitations des puissances internationales ne sont guère rassurantes. Le risque de radicalisation est réel. La mort d’Oussama Ben Laden peut conduire la nébuleuse d’Al Qaeda, renforcée par la porosité de la bande sahélo-saharienne et par la faillite de l’Etat yéménite, à multiplier ses opérations.
Le Forum MEDays, qui dès sa création en 2008, n’a cessé de mettre en lumière les limites du partenariat en Méditerranée, a été, en 2011 plus que jamais utile pour consolider les acquis des « Printemps arabes ».
Le Forum MEDays a regroupé pour la première fois, dans le cadre d’une conférence internationale informelle, les principaux acteurs des changements dans la région avec les principaux décideurs internationaux.
Parmi ces personnalités, on retrouvera Ahmet Davutoglu, Ministre turc des Affaires étrangères, Saeb Erakat, Négociateur en chef de l’Autorité palestinienne, Alejandro Toledo Manrique, ancien Président du Pérou, Abdel Rahman Shalgam, Représentant permanent de la Libye aux Nations unies, Morgan Tsvangirai, Premier ministre du Zimbabwe, Andrés Pastrana Arango, ancien Président de Colombie, Sven Alkalaj, Ministre des Affaires étrangères de Bosnie, Bernardino Lèon, Représentant Spécial de l’Union européenne pour la Méditerranée, Cheick Sidi Diarra, Secrétaire général adjoint des Nations unies etc.
Outre ces personnalités, de nombreux ministres venus de près de 80 pays ont également participé aux MEDays, parmi lesquels de nombreux ministres venus entre-autres du Libéria, des Comores, du Sénégal, de Tunisie, de Chine, de Dominique et de Grenade.
Je retiens deux idées fortes des MEDays 2011. Premièrement, la nécessité réaffirmée de refonte de la gouvernance des institutions internationales pour tendre vers une meilleure représentation des pays émergents dans la prise de décision de ces structures.
Deuxièmement, les évolutions et les transformations qu’a connues le monde arabe en 2011 démontrent avec clarté qu’il ne saurait y avoir de développement économique et social sans ouverture démocratique. Les nouveaux gouvernements issus des transitions en cours dans notre région auront à affronter des défis d’une ampleur sans précédent dans un contexte économique international fragilisé ; formation, emploi, croissance ou partage des richesses sont des challenges qui continueront à se poser aux nouveaux dirigeants arabes.
Il est plus que jamais nécessaire que les membres du G20 et plus précisément les Etats-Unis et l’Union européenne, accompagnent les processus de transitions démocratiques en cours dans la région. L’UPM morte place Tahrir doit être refondée, non pas pour uniquement accompagner le processus de démocratisation mais pour favoriser le co-développement. Il est donc impératif de créer un nouveau « Pacte pour la démocratie et le développement » basé sur un socle de valeurs partagées et sur un espace économique commun. Tourné vers l’opérationnel, ce processus doit dépasser tous les handicaps identifiés du partenariat euro-méditerranéen depuis 1995. Parce que démocratie va de pair avec développement, on ose espérer que le Pacte de Deauville saura accompagner les transitions politiques en cours de nos pays.
Enfin, le Forum MEDays est en pleine croissance. Les MEDays peuvent être considérés comme un plate-forme d’échange et de réflexion puisque plus d’une trentaine de problématiques ont été traitées à travers les différents panels. Le Forum MEDays s’inscrit désormais dans l’agenda des plus grandes conférences internationales. En tant qu’initiateur de ce Forum mais également en tant que Marocain, je me réjouis du rayonnement grandissant des MEDays qui ont été conçus pour être le Forum du Sud. Après seulement quatre éditions, les MEDays peuvent compter sur un réseau exceptionnel construit au fur et à mesure des années. Ce réseau sera sensiblement renforcé à l’occasion de la 5eme édition.
Les MEDays représentent indéniablement une plate-forme de promotion des grandes thématiques portées par le Maroc et notamment de son engagement dans la promotion de la coopération Sud-Sud.
Je voudrais ajouter que la participation d’autant de hautes personnalités internationales au Forum MEDays, qui se déroule à une semaine des élections au Maroc, est un gage de confiance important apporté aux réformes engagées dans notre pays depuis le discours royal du 9 mars. Il est évident que dans le contexte régional actuel, le Maroc est l’un des seuls pays de la rive sud de la Méditerranée où ce type d’événement peut avoir lieu.





