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Etats-Unis et Monde islamique: la confiance introuvable?

Les attentats du 11 septembre contre les deux tours du World Trade Center, l’un des symboles de la puissance financière et économique du nouveau continent, ont profondément altéré le regard des Etats-Unis sur le Moyen-Orient. Cet événement majeur ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire des relations entre l’Occident et le monde musulman, un chapitre caractérisé par la guerre contre la terreur et par l’affrontement de « la civilisation contre la barbarie ». Le discours prononcé par le Président Bush au lendemain des attentats dévoile sa nouvelle stratégie d’identification de l'ennemi dans l’Etat voyou, l’axe du mal, et d’incitation à la vengeance sous la forme d’une guerre juste et d’une guerre préventive sous le slogan « Si vous êtes pas avec nous, vous êtes contre nous ». À cet égard, deux pays musulmans, l’Iran et l’Irak, sur un total de trois pays, sont dès lors inclus dans la liste d’Etats appuyant le terrorisme et cherchant à acquérir des armes de destruction massive. Cette décision fait suite à l’intervention des Etats-Unis en Afghanistan, et devance l’intervention controversée de 2003 en Iraq, laquelle provoque la chute du leader Saddam Hussain et plonge le pays dans le chaos.

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Conseil de sécurité : sortons de l'impasse !

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La Syrie est depuis quelques jours au centre de l’ensemble des tractations internationales. Le double-véto russe et chinois adressé au projet de résolution introduit par le Maroc au Conseil de Sécurité des Nations-Unies démontre toute la complexité de la gestion de ce dossier par la communauté internationale. Bien au-delà de ce « permis de tuer » accordé aux autorités syriennes, ce double-véto illustre toute la vétusté du Conseil de Sécurité, qui ne représente plus le point de vue d’une majorité des Etats membres de l’organisation onusienne.

l-ambassadeur-russe-au-conseil-de-securite-de-l-ONU_scalewidth_630Malgré une foultitude de mises à jour et de suppressions dans le  projet de résolution initiale, issue des discussions entre les pays membres de la ligue arabe, la Chine et la Russie ont adressé un signal fort aux décideurs occidentaux et à l’ensemble des observateurs : ils réaffirment la sacralité du principe de non ingérence dans les affaires intérieures des nations souveraines. Les 5000 morts estimés en Syrie depuis le début de la répression en mars dernier semblent être totalement occultés. Pire, pour Moscou et Pékin, les nations unies avaient  outrepassé leurs prérogatives suite au vote de la résolution 1973 autorisant la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne en Libye pour protéger les civils des atrocités du régime Kadhafi. Les russes avaient d’ailleurs ensuite accusé l'Otan d'outrepasser son mandat et de prendre fait et cause pour les opposants du « guide la Révolution».  L’abstention de la Chine et de la Russie en mars dernier n’était qu’un prélude au double-véto de la semaine dernière. Ce vote restera pour reprendre les mots d’Alain Juppé, une « tache morale » dans l’histoire du Conseil de Sécurité.

Le vote du projet de résolution sur la Syrie, ainsi que la menace de véto américain sur la demande d’adhésion de la Palestine à l’organisation onusienne, démontrent qu’il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire de revoir le fonctionnement obsolète du Conseil de Sécurité. Cet organe de décision reste tributaire du pouvoir d’obstruction, voire du diktat, accordé aux membres permanents du Conseil. Ce pouvoir disproportionné est une mise en équation systématique des prises de décision de l’ONU, au détriment de la position de la majorité des Etats membres.

Realpolitik oblige, il serait illusoire de réclamer la prééminence des résolutions de l’Assemblé Générale, votées par l’ensemble des Etats membres, sur celles du Conseil de Sécurité. Cependant, même s’il parait judicieux de militer pour un rééquilibrage du rapport de force CS vs AG, en renforçant le rôle de l’Assemblée Générale, le Maroc en tant que membre non permanent du Conseil de Sécurité, devrait proposer l’instauration d’un système de vote à majorité qualifiée du Conseil de Sécurité pour les résolutions ne relevant pas du Chapitre VII de la charte des Nations Unies.

La majorité qualifiée pourrait, par exemple et comme proposé lors du Forum MEDays 2011, être définie comme un vote affirmatif de neuf membres du Conseil de Sécurité, incluant un nombre minimal de membres permanents. Cette proposition éviterait la « prise en otage » de populations qui souffrent par des considérations de politiques intérieure de certains membres permanents du Conseil de Sécurité. La réforme de la gouvernance mondiale commence par là !

 

Brahim Fassi-Fihri, Président de l'Institut Amadeus

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