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Emerging Africa : Comment pérenniser le rôle croissant du continent dans l’échiquier mondial ?

Il y a à peine une vingtaine d’années, l’Afrique était dépeinte par tous avec pessimisme, comme un continent sans espoir, meurtri par les guerres, la sécheresse, la pauvreté extrême et le manque de perspectives économiques. Récemment cet afro-pessimisme semble avoir laissé place à un afro-optimisme naissant. Et pour cause, depuis plus d’une décennie, les indicateurs de croissance en Afrique sont au vert et le continent n’a de cesse d’attirer les convoitises.

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Sahara : de la crise à l'opportunité ?

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Le projet de résolution sur la prolongation du mandat de la  MINURSO, présenté par les Etats-Unis, le 9 avril dernier, au « Groupe des Amis sur la question du Sahara » (composé des membres permanents du Conseil de Sécurité et Espagne), constitue une évolution inquiétante dans la gestion de ce dossier par la première puissance mondiale. Au-delà de représenter une atteinte, inédite, à la souveraineté du Maroc, qui administre légalement le Sahara, depuis 1975, ce changement de la position américaine sur ce dossier contredit près de 40 années de neutralité positive vis-à-vis des arguments du Royaume.

 

Ce projet donne, en effet, entière satisfaction aux revendications de l’Algérie et du Polisario, qui pour répondre aux acquis de la Proposition marocaine d’autonomie, ont investi tous leurs efforts dans une instrumentalisation des Droits de l’Homme, avec l’appui, conscient ou inconscient de quelques ONG internationales. Le contenu du draft américain peut être considéré comme une prime politique pour nos adversaires, puisque les propositions contenues dans le texte dépassent de loin le domaine des Droits de l’Homme. Il constitue, en effet, une prise de partie, pure et simple, en faveur de la position de l’Algérie et du Polisario.

Malgré quelques irrégularités à la marge, rien ne justifie une proposition aussi extrême. Contrairement aux autres situations où existent un monitoring au sein des Opérations de maintien de la paix, le Sahara ne connait pas de violations massives des Droits de l’Homme susceptibles de justifier l’élargissement du mandat de la MINURSO, ou l’établissement d’un mécanisme international similaire. De plus, le Maroc a pris, depuis 2011, des mesures pour la promotion et la protection des Droits de l’Homme au Sahara. La saisine du CNDH et la coopération avec les mécanismes onusiens des Droits de l’Homme, ont été, en effet saluées par le Conseil de Sécurité en avril 2011 et en avril 2012.

Comment alors expliquer ce changement, surprenant, de la position américaine sur le dossier du Sahara ? Certaines indiscrétions dans les milieux diplomatiques et politiques aux Etats-Unis, mettent en avant quatre points décisifs qui expliquent ce changement de cap inattendu.

Premièrement, l’arrivée à la tête du Département d’Etat de John Kerry. En effet, l’ancien candidat démocrate aux élections présidentielles de 2004, avait préconisé, en tant que Président de la Commission des Affaires Etrangères au Sénat,  dès l’arrivée au pouvoir de l’Administration Obama en 2008, un rééquilibrage de la politique américaine au Maghreb au profit de l’Algérie. Il jugeait que les années Bush et Clinton ont largement favorisé le Maroc, sans apporter d’impact réel sur la situation politique au Sahara. La sympathie d’Hillary Clinton pour les arguments marocains et la redéfinition politique de la région après les Printemps arabes ont différé ce changement d’approche, également soutenu par Suzanne Rice, Représentante Permanente des Etats-Unis à l’ONU.

Deuxièmement, le lobbying et les actions de sensibilisation menés par Kerry Kennedy, auprès des décideurs politiques démocrates au Congrès et à la Maison Blanche. En s’intéressant au cas d’Aminatou Haïdar, la Fondation Robert Kennedy, a su sensibiliser une partie de la classe politique démocrate à la question de supposées atteintes généralisées des Droits de l’Homme au Sahara.

Troisièmement, le cafouillage ayant conduit au retrait de la confiance par le Maroc de Christopher Ross lors de l’été 2012, a été considéré par l’administration américaine comme un affront pour leur diplomatie, et non comme une volonté de changement du Représentant Personnel du Secrétaire Général des Nations Unies.

Enfin, et pour être conforme avec le Rapport du Secrétaire Général publié au début du mois d’avril, les Etats-Unis ont mis en avant la présence dans le Rapport (qui par ailleurs souligne également les efforts menés par le Maroc dans la protection des Droits de l’Homme au Sahara) d’une recommandation visant à l’établissement d’un mécanisme international de protection des Droits de l’Homme au Sahara.

Au-delà de ces arguments présentés par des sources diplomatiques américaines, le Maroc a péché par certaines maladresses de communication, matérialisées par la gestion des cas Kerry Kennedy et Javier Bardem. Nous payons ici, également, le prix de notre manque de proactivité. La communication du Maroc sur le dossier du Sahara, se fait par à-coups, au gré des crises, alors que nos adversaires, occupent, directement ou indirectement, à travers de nombreux relais, le paysage médiatique international.

Le Maroc, qui surfe depuis 2007, sur la vague des encouragements internationaux qui ont suivi la présentation du Projet d’autonomie des Provinces du Sud, et sur le nombre croissant de retraits de reconnaissance de la pseudo « RASD », insiste depuis quelques mois, à juste titre, sur le risque d’embrasement de l’ensemble de la bande sahélo-saharienne déjà fragilisée par la guerre au Mali. Pour le Royaume, les arguments politiques, apportés par la proposition d’autonomie et par l’élargissement des compétences du CNDH, additionnés à la réalité géopolitique et sécuritaire dans la région, allaient largement suffirent à conforter sa position.

Ces éléments, quoi que concrets, ont malheureusement été brouillés auprès des décideurs politiques et certains médias américains, par des actions de communication d’institutions telles que la Fondation Robert Kennedy et autres ONG, en plus des actions menées par Javier Bardem. L’investissement par l’Algérie et le Polisario de l’instrumentalisation des Droits de l’Homme, à travers le soutien de structures crédibles aux Etats-Unis, a permis de largement atténuer l’avantage pris par le Maroc sur les questions politiques.

En réaction au projet de résolution américain et d’ici le vote sur la prolongation du mandat de la MINURSO fin avril, le Maroc peut mettre en avant de nombreux arguments auprès du « Groupe des Amis » pour éviter l’élargissement des attributions de la mission onusienne.

Il y a tout d’abord la base juridique. L’examen par le Conseil de Sécurité de la question du Sahara se fait dans le cadre du Chapitre VI de la charte de l’ONU. Depuis toujours, le Conseil a encouragé et soutenus les parties, excluant toute imposition d’une option ou proposition. Un changement d’approche saperait le consensus qui a toujours prévalu depuis 1988. Par ailleurs, le monitoring tel que proposé est juridiquement inapplicable. Il crée de facto une symétrie trompeuse, entre un Etat souverain, membre des Nations Unies et un acteur non étatique dépourvu de toute obligation internationale. Le Polisario se trouvera ainsi valorisé sans aucune base juridique conventionnelle.

Il y a ensuite la base politique. Le texte proposé par les Etats-Unis contredit l’ensemble des efforts visant à relancer le processus de négociation politique, prôné par Christopher Ross lors de sa dernière tournée.  Le texte contredit par ailleurs, les démarches du Conseil de Sécurité, visant à féliciter le Maroc pour les efforts déployés en matière de protection des Droits de l’Homme au Sahara.

Le Maroc peut également mettre en avant le processus de réformes engagé depuis le Discours Royal du 9 mars 2011, qui en fait un îlot de stabilité dans une région en proie à d’importants soubresauts géostratégiques.  L’élargissement du mandat de la MINURSO, qui va représenter une perte de facto de souveraineté du Maroc au Sahara peut avoir également des répercussions directes sur la stabilité du Royaume et donc être un facteur de déstabilisation supplémentaire  dans la région.

Le projet de résolution américain, qui par définition sera soumis à l’étude du « Groupe des Amis » puis à l’ensemble des membres du Conseil de Sécurité, est donc encore modifiable. Le Maroc qui a actionné depuis le 9 avril de nombreux relais au sein de la communauté internationale pour annihiler le projet américain est à pied d’œuvre pour rétablir le texte à sa version d’origine.

En cas de succès, une profonde réflexion doit être menée sur le plan national, en y intégrant l’ensemble des partis politiques (exsangues sur la question du Sahara) et la société civile pour répondre à cette problématique de la composante « Droits de l’Homme », pour éviter d’être confronté à la même situation en avril 2014. Pour se faire, la réponse doit être concentrée autour de trois axes principaux.

Le premier, l’implémentation urgente de la Régionalisation avancée qui légitimera sur le plan juridique et constitutionnel l’autonomie au Sahara. La proposition présentée en 2007 doit dépasser le simple cadre du projet et être mise en œuvre sur le terrain. Le Maroc sera renforcé de facto dans le processus de négociation et montrera ainsi sa bonne foi à la communauté internationale.

Le second, le renforcement de la crédibilité internationale des réalisations du CNDH, qui est une institution totalement singulière dans la région dont les recommandations opérationnelles et les avis sont pris en comptes par les autorités marocaines.

Le troisième, le renforcement des outils de promotion et de lobbying efficace au niveau international, en particulier auprès des Etats-Unis et des institutions européennes. Les partis politiques, les ONG, et les think tanks, y compris l'Institut Amadeus, doivent s’atteler à jouer un rôle plus proactif de sensibilisation permanente des décideurs étrangers, seuls moyens de contrer les actions d’instrumentalisation opérées par les porteurs de thèses anti-marocaines.

Brahim Fassi Fihri

Président de l'Institut Amadeus

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