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Union Africaine, es-tu là ?

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2012, année de tous les dangers pour l’Afrique. Nombreuses en effet sont les échéances électorales, souvent cruciales, prévues dans les prochains mois sur le continent noir (voir cartographie des élections africaines, Géopolitik num 1). L’antécédent ivoirien est encore dans toutes les mémoires pour ne pas anticiper d’éventuelles autres « sorties de route ». Ce ne sont pas les tensions pré-scrutin constatées au Sénégal, pourtant longtemps loué comme un havre de stabilité sur le continent, fort de l’alternance démocratique opérée en 2000, qui sauraient rassurer les observateurs.

Sortie plus divisée que jamais des crises ivoirienne mais surtout libyenne, embourbée dans de nombreux autres dossiers brûlants : enjeux pétroliers entre les deux nouveaux voisins Soudanais, blocage politique à Madagascar, piraterie en Somalie, chaos ambiant en RDC ; mais aussi confrontée à la non-réélection pour un second mandat de Jean Ping, son président de la Commission (ordinairement une formalité), l’Union Africaine (UA) ne saurait s’engluer dans de nouveaux foyers de tensions.

Photo_UAHéritière de l’OUA (dont le Maroc est rappelons-le membre fondateur), elle était, sous l’égide de certains dirigeants tels Thabo Mbeki, Olusegun Obasanjo et (surtout) Mouammar Kadhafi, censée dépasser la simple coopération intergouvernementale et redonner ainsi au panafricanisme ses lettres de noblesse. L’acte fondateur de Syrte (ville d’origine du leader libyen) en 1999 avait pour ambition d’imposer l’UA comme l’entité supranationale garante de la gouvernance démocratique et des intérêts des Etats africains. Las, force de constater que l’UA peine toujours à s’imposer sur la scène continentale. Des missions militaires de maintien de la paix sont déployées ici ou là (Darfour, Somalie) avec des résultats peu édifiants. Sans réel leadership, elle reste tiraillée par de nombreux antagonismes, les plus significatifs étant ceux qui opposent francophones et anglophones ou encore souverainistes et interventionnistes.

Au-delà des intérêts nationaux très souvent difficilement conciliables, le panafricanisme n’est pas appréhendé de la même façon de part et d’autres du continent. Les uns comme le Sénégal ou le Gabon prônent une unité politique immédiate. D’autres, Afrique du Sud et Nigeria en tête, légitiment une intégration graduelle du fait de la trop grande disparité entre les Etats. L’instabilité chronique dans de nombreuses régions doublée des réactions souvent poussives de l’Union Africaine font que l’on n’ait pas réellement avancé sur ces questions majeures.

Il faut dire que l’institution est aussi très handicapée dans son action par ses très faibles capacités financières. Très peu d’Etat membres s’acquittent en effet régulièrement de leurs contributions. A hauteur de 15% du budget total, la Jamahiriya du colonel Kadhafi faisait jusque-là office de bon élève.  Dans leur volonté de rompre avec les orientations passées, les nouveaux maîtres de Tripoli ne semblent pas disposés à faire preuve d’autant de volontarisme. Restent les partenaires étrangers qui notamment Union Européenne mais aussi certaines fondations américaines continuent de financer l’essentiel des fonds de fonctionnement de l’organisation. La Chine n’est pas en reste. Histoire de cimenter les nombreuses amitiés africaines qu’elle renforce partout sur le continent, elle vient d’offrir à l’UA un siège flambant neuf. Difficile dans cette situation de  dépendance budgétaire de se forger crédibilité et autorité nécessaires et ne pas céder irrémédiablement aux compromis…

Sous perfusion, l’Union Africaine reste néanmoins une nécessité. Charge à elle de s’appuyer sur le dynamisme de certains regroupements régionaux tels que la CEDEAO, l’EAC ou la SADC. On ne le souligne peut-être pas assez, mais les communautés économiques régionales enregistrent des succès indéniables en termes d’intégration économique et de mise en commun des visions politiques (cf le soutien unanime à Alassane Ouatarra de tous les membres de la CEDEAO à la suite des présidentielles en Côte d’Ivoire en 2010). Ce qui, incontestablement, pourrait constituer les forces motrices qui manquent à l’UA pour répondre aux aspirations des populations africaines.

 

Par Talal Salahdine, Responsable Stratégie et Communication de l'Institut Amadeus

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