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Maroc-Algérie, la conditionnalité en question

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Suite aux dernières évolutions dans les relations entre le Maroc et l’Algérie et dans le cadre de son suivi attentif de ce dossier particulier, l’Institut Amadeus a organisé mercredi 10 juillet une rencontre de réflexion autour de cette question intitulée: « Maroc-Algérie : la conditionnalité algérienne est-elle un frein à la normalisation ? »

 

Il s’agissait, à l’occasion de cette rencontre de travail qui a réuni représentants de partis politiques, experts marocains et internationaux, membres de la société civile et médias, d’entamer une réflexion autour de cette nouvelle approche de conditionnalité mise en avant par Alger pour la normalisation des relations entre nos deux pays.

Le débat a enregistré, outre la présence des membres de l’Institut Amadeus, la participation de Maitre Taj Eddine El Husseini, Avocat prés Cour Suprême et expert en relations internationales, de Mohamed Benhamou, Président du Centre Marocain des Etudes Stratégiques (CMES), Jaouad Kerdoudi, Président de l’Institut Marocain des Relations Internationales (IMRI), Mehdi Bensaïd (député PAM), David Alvarado chercheur associé au centre espagnol CIDOB et spécialiste du Maghreb ainsi que des journalistes Saad Tazi, Directeur de Publication du quotidien LE SOIR et Adel Zoubairi correspondant à Rabat auprès de la chaine d’information panarabe Al Arabya TV.

Sahara, armement, coopération anti-terroriste, émigration clandestine, intégration maghrébine, autant de points de discorde sérieux entre les deux géants maghrébins, cristallisant davantage de crispation dans leurs relations.

Celles-ci étant désormais soumises à trois conditions sine qua non énoncées par l’Algérie et aussitôt rejetées par Rabat tant sur la forme jugée d’un autre temps que sur le fond. Se référant aux déclarations de Amar Belani, porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères Algérien le 18 juin dernier, il n’y a pas lieu de parler de normalisation, matérialisée de manière effective par la réouverture des frontières terrestres, tant que ne cessera pas « la campagne de dénigrement menée par des cercles officiels et non officiels marocains contre l'Algérie », la mauvaise volonté dans une « coopération effective du Maroc pour arrêter les flux de trafics, notamment de drogues » et enfin le « non-respect de la position algérienne au sujet de la crise du Sahara occidental ».

Intervenant dans un contexte particulier sur les échelles nationales (enjeux de succession du Président Abdelaziz Bouteflika en Algérie, retrait du PI de la coalition gouvernementale au Maroc), l’actuelle crise est surtout perçue par la diplomatie marocaine comme un réel déni des engagements pris par l’Algérie dans le processus d’amélioration des relations bilatérales.

Enième épisode d’une relation marquée par des périodes successives d’accalmies et de tensions, il a pour mérite de rappeler qu’il est essentiel de considérer notre lien avec l’Algérie de manière pragmatiste et réaliste pour pouvoir esquisser un scénario de sortie de crise qui soit pérenne. Le débat étant trop souvent empreint d’affect et d’analyses subjectives.

Même si les avis ne sont pas unanimes, le Maroc reste au même titre que le pétrole, le terrorisme et la France, un sujet de politique intérieur fort en Algérie.

Pour beaucoup, l’après Bouteflika ne changera qu’en apparence la donne. Le renouvellement de génération sur lequel nombre d’observateurs marocains misent ne serait qu’illusion. La particularité du régime algérien réside dans le rôle prépondérant de son armée; les évènements historiques ayant fortement contribué à façonner au sein de cette dernière une ferme hostilité à la normalisation des relations avec le Maroc. Tout nouveau candidat à la présidentielle n’aurait d’autre choix que de maintenir le blocage diplomatique qui de facto anéantirait toute possibilité d’améliorer les relations bilatérales. Certes deux tendances assez distinctes émergent : le profil Ali Benflis, tourné vers les affaires intérieures et  le profil Lakhdar Brahimi plus porté pour un rayonnement diplomatique à l’échelle internationale.  Deux faces d’une même pièce où le statuquo fait office de ligne de conduite. L’UMA, projet mort-né dans un monde de plus en plus interdépendant et régit par des blocs régionaux forts et complémentaires, constitue la meilleure illustration de cet état de fait : érigé d’un côté  en choix stratégique irréversible car notamment dicté par des impératifs économiques importants, elle est loin d’être une priorité de l’autre.

S’agissant de l’incessante bataille médiatique, les avis ici aussi divergent. Si des déclarations  comme celles tenues par le Secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, Hamid Chabat, ont pour certains le mérite de jeter un pavé dans la marre et casser ainsi l’image un peu trop lisse de la partie marocaine dès qu’il s’agit d’évoquer les relations avec les voisins  algériens;  d’autres par contre en appellent à l’esprit de responsabilité, surtout émanant d’une composante majeure (aux moments des faits) de la coalition gouvernementale.

La « mauvaise foi » évoquée dans la volonté de la partie marocaine à mettre en place une réelle coopération en matière de lutte contre le trafic de drogues est quant à elle difficile à la fois à prouver mais surtout à justifier tant les intérêts ici sont communs.A diverses occasions, le Maroc a insisté sur la nécessité de mettre sur la table ce dossier sur le plan bilatéral pour trouver des solutions à un problème qui se pose des deux côtés de la frontière. Ceci étant dit,il apparait clairement que les deux premières conditions énoncées ne font office finalement que de paravents pour noyer la réelle motivation d’Alger.  Après le camouflet de la résolution 2099, celle-ci est plus que jamais partie-prenante du conflit au Sahara.

Il s’agit là d’un vrai tournant à prendre en compte, car jamais dans le vocable officiel algérien, l’Algérie ne s’était positionnée de la sorte, renvoyant automatiquement toute accusation d’ingérence dans le dossier du Sahara à une univoque conformité au respect des décisions prise au sein de la sphère onusienne.

Depuis le déclenchement de la crise au Sahel, les projecteurs de la communauté internationale sont davantage braqués sur la question du Sahara. Une situation qui met Alger face à ses contradictions. La nécessaire coopération/concertation en termes de lutte anti-terrorisme afin de maitriser les enjeux sécuritaires dans cette région du monde supprimerait le monopole de la carte de l’anti-terrorisme que l’Algérie brandit à la face du monde depuis les attentats du 11 septembre.

Une situation d’impasse donc où le raffermissement des relations entre la société civile des deux côtés de la frontière afin de faire émerger des courants réconciliateurs  semble constituer l’unique espoir de garder vive la lueur de la normalisation. Tout en évitant la caricature et la symbolique hypocrite ; échanges culturels, académiques voire économiques sont appelés à se poursuivre et à s’amplifier malgré une conjoncture géopolitique complexe et tendue.

 

Talal Salahdine, Directeur Stratégie de l'Institut Amadeus

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