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Revue de presse: Obama et le Moyen-Orient

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Cette semaine la revue de presse est consacrée au deuxième grand discours de politique étrangère du président Obama sur le Moyen Orient et l'Afrique du Nord après celui du Caire le 4 juin 2009. Dans son discours le président Obama a envoyé de très nombreux messages aux gouvernements arabes mais peut être aussi, pour la première fois, un président américain s'est adressé aux peuples arabes. Le discours a été tenu à Washington le 19 mai 2011.

Barack Obama a dressé le constat d'un monde arabe en plein bouleversement. Il a souligné que trop longtemps les aspirations essentielles des gens ordinaires ont été bafouées. Il a aussi clairement pointé le danger que recélait selon lui la situation actuelle pour les Etats-Unis. " Nous devons reconnaitre qu'une stratégie qui repose uniquement sur la poursuite à court terme des intérêts américains ne remplira pas les ventres  ou ne permettra à personne d'exprimer ce qu'il pense. L'échec à parler et agir en faveur des gens ordinaires nourrira la suspicion chez ceux-ci que les Etats Unis poursuivent leurs buts à leur dépends".

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TELECHARGER LE DISCOURS D'OBAMA DU 19 MAI 2011

Une aide et des incitations aux réformes démocratiques

Une politique d'accompagnement forte des réformes démocratiques en Afrique du Nord est par conséquent à l'ordre du jour, en accompagnement de l'Union européenne. On peut s'attendre à un véritable axe transatlantique pour stabiliser la situation politique en Tunisie, pousser aux réformes en Egypte, entamer une transition en Libye ou encore pousser pour le réchauffement algéro-marocain au Maghreb. Ce n'est pas seulement de l'aide que les Etats-Unis sont sur le point de fournir mais aussi une plus grande ouverture à leur marché et une plus grande stimulation de leurs investissements dans les pays de la zone. Cela, pourtant, aura une contrepartie clairement exprimée: les réformes démocratiques. Elles sont qualifiées d'objectif prioritaire par le président américain ce qui pourra peut-être prendre la forme de conditionnalité à l'aide. M. Obama en a appelé à l'humilité dans l'action extérieure des Etats-Unis mais il a également prévenu qu'il y "aura des moments dans lesquels les intérêts de court terme des Etats unis ne s'aligneront pas forcèment avec la vision de long terme qu'ils ont de la région".

Le président s'est exprimé sur la situation au Bahrein, appelant l'opposition et le gouvernement à dialoguer et à renouveler sa détermination à voir partir Mouammar Kadhafi en Libye ainsi que Bachar el Assad en Syrie si celui ci ne peut empécher la répression armée que subit les manifestants. Cepedendant la situation au Yemen a été complétement éludée.

L'image des Etats Unis et de Barack Obama est très mauvaise parmi les populations arabes. En fait, cette impopularité des Etats Unis n'est pas particulère à l'administration actuelle, l'administration Obama fait à plutôt mieux que l'administration précédente en ce domaine, mais son taux d'opinion favorable est passablement en dessous de la moyenne dans une grande majorité de pays. C'est pour cette raison que le principal objectif de la politique étrangère américaine est de ne pas s'aliéner les peuples et de donner une impulsion à la diplomatie pour nouer le plus de contacts possibles avec la société civile, "même celle non officiellement reconnue". Barack Obama, dans son discours, a tenté de regagner du crédit auprès d'eux en soulignant que les valeurs auxquelles ils aspirent sont partagées par le peuple américain. Toutefois le conflit de Moyen Orient reste déterminant pour le crédit des Etats Unis dans la région.

Le conflit israélo-palestinien se replace -encore et toujours- au centre des enjeux

Deux jours après son discours, Barack Obama accueillait Benyamin Netanyahou. Deux jours avant, Mahmoud Abbas publiait une tribune dans le New Times, "The long overdue Palestinian State", enfin le 22 mai, Barack Obama se rendait à l'AIPAC, la plus grosse organisation du lobby juif aux Etats-Unis. Comme souvent, les présidents ou les élus américains y sont invités à intervenir. Cet enchainement ne pouvait pas être plus parlant, le conflit israélo-palestinien se replace au centre des enjeux, une semaine après que le jour anniversaire de la Nakba ait abouti à des manifestations, violemment réprimées, aux frontières d'Israël.

Barack Obama a  fait deux remarques extrêmement importantes pour la suite de son action au Moyen Orient, mais son discours a également suscité une polémique artificielle. Première remarque: les Etats Unis opposeront un veto à la reconnaissance d'un Etat palestinien en septembre 2011. Deuxième remarque: les Etats Unis exigent du Hamas qu'ils reconnaissent Israël et les accords précédemment passés avec l'OLP -ce qui est la position du Quartette. Enfin, lorsque Barack Obama a parlé des lignes de 1967 comme base d'une négociation, avec des échanges de terres, le premier ministre israélien Netanyahou a rejeté et condamné ses propos. L'ensemble des candidats putatifs à la présidence côté républicain a martéle que Barack Obama avait "trahi Israël". En réalité comme l'éditorialiste de Haaretz Aluf Benn le remarque, le discours d'Obama est extrêmement favorable à Israël puisqu'il affirme sur deux points majeurs (déclaration unilatérale de l'Etat palestinien et Hamas) un soutien aux positions diplomatiques de l'Etat hébreu. Le premier ministre Netanyahou en créant une polémique autour de la question des frontières -qui est le point de négociations jusqu'ici le moins problématique- semble vouloir éviter la table des négociations comme le soulignent, Ian Black dans le Guardian ou Aluf Benn dans Haaretz.

Il se joue un véritable bras de fer entre le président américain et le premier ministre israélien. Les Etats Unis insistent sur l'urgence  des négociations et soulignent que c'est la sécurité d'Israël qui y est en jeu. Le discours devant l'AIPAC a donné l'occasion à Barack Obama d'une mise au point sur les critiques de M. Netanyahou. La mention explicite des frontières de 1967 est une position déjà exprimée du temps de l'administration Clinton ou de l'administration Bush, "il n'y a rien là de nouveau". Le président américain rappellera à l'occasion du diner de l'AIPAC toutes les occasions dans lesquelles il a soutenu Israël. Subtilement il semble dissocier les relations entre les deux pays de la relation difficile qu'il entretient avec le Premier ministre Netanyahou. Le président américain a enfin réaffirmé, comme lors de son discours du 19 mai, sa volonté de remettre à la table des négociations les deux parties. Chose probablement compliquée.  

VIDEO: LE DISCOURS DE  BARACK OBAMA
 
DEVANT  l'AIPAC 22 MAI  2011

Alors que Barack Obama invite les deux leaders à entamer les discussions sur les frontières et l'arrangement sécuritaire,  les Palestiniens continuent à chercher, pour l'heure,  la reconnaissance de leur Etat et Israël pourrait bien continuer à construire les colonies. Ainsi les négociations ne commenceront jamais vraiment ou pourraient se limiter à un vaste jeu de dupes d'échecs dans lequel rien ne bouge vraiment à l'égal de l'année 2010. En attendant, Barack Obama le rappelle, il y a une impatience de plus en plus grande dans les capitales du monde entier face à ce conflit qui s'éternise. La tournée de Barack Obama en Europe ces jours prochains sera consacrée aux questions économiques et au G8 de Deauville. Cependant il se pourrait que dans les entretiens avec certains pays européens la question du Moyen Orient soit abordée. Les pays europééens du Quartette et la France en particulier -elle n'est pas la seule en Europe- n'aborde pas la question de la réconciliation interpalestinienne de la même manière que les Etats Unis. Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères y voit même une opportunité dans un long entretien qu'il a donné à Al Hayat le 14 mai 2011.

Si le Quartette ne parvient pas à trouver une plateforme de négociations avec des résultats, les risques d'une crise majeure au Moyen Orient continueront à augmenter de plus en plus. Enfin ne figure pas dans la revue de presse les commentaires d'Abdullah Gül aux journalistes du Wall street journal. Le président turc a appelé le Hamas à reconnaitre Israël et Israël à s'engager clairement vers la paix. La Turquie, se positionne en complément de la position américaine. Elle a une influence grandissante dans la région et fait figure de vrai leader dans la zone avec son économie émergente et après sa réforme constitutionnelle en 2010. Le pays attire depuis cinq années quasiment autant d'investissement étranger que l'ensemble des pays arabes méditerranéens. Un modèle d'économie florissante et 'un modèle politique qui a su intégrer les partis islamistes au jeu électoral...

 

Les articles sélectionnés:

 1.    « The Long overdue Palestinian State », par Mahmoud Abbas dans New York Times, 19 mai 2011
2.    « Netanyahu's outrage at Obama's Middle East speech is synthetic», par Ian Black dans “the guardian”, 21 mai 2011

3.     « Obama ganted Bibi a major victory » par Aluf  Benn, dans Haaretz, 20 mai 2011
4.    Entretien  avec Alain Juppé , Al Hayat, 14 mai 2011


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