La coopération Sud-Sud au lendemain du Covid-19: Quel rôle pour le Maroc ?

 

La coopération Sud-Sud est un modèle d’entraide entre Etats en voie de développement, à l’opposé de la coopération -dans le sens classique- basée sur le principe de l’attribution des aides par les pays développés à l’attention des pays du Sud. Depuis l’ascension du roi Mohammed VI au trône, le Maroc s’est engagé sur la voie de la coopération Sud-Sud et participe au développement de plusieurs Etats, notamment sur le continent africain.

Depuis le début de la crise du Covid-19, les appels à élargir la coopération entre les Etats du Sud se multiplient, afin d’élaborer un plan commun face à la pandémie et à ses répercussions économiques. On ne peut d’ailleurs que se féliciter du fait que le Maroc est en première ligne depuis le début de la pandémie, comme en témoigne l’initiative du roi Mohammed VI, qui, avec les présidents sénégalais et ivoirien ont opté pour la création d’un cadre opérationnel commun de gestion de la crise en Afrique. L’engagement du Royaume dans la coopération entre pays du Sud peut être également observé à travers la mise à disposition de la clinique Mohammed VI de Sébénikoro dans la banlieue de Bamako, au profit des autorités sanitaires maliennes.

La crise en cours impactera certainement les relations multilatérales dans leur ensemble et la coopération internationale connaîtra également plusieurs changements. La coopération Sud-Sud semble donc s’imposer actuellement comme prépondérante, à en juger, à titre d’exemple, par le rôle que joue Cuba dans la lutte contre le Covid-19 au niveau mondial, le positionnement et les efforts de pays tels que le Maroc, Haïti ou le Sénégal pour venir en aide à leurs partenaires du Sud. On ne peut qu’espérer que la coopération Sud-Sud puisse s’amplifier et s’élargir une fois la pandémie définitivement vaincue.

Dans ce cadre, nous nous interrogeons sur le rôle que peut jouer le Royaume au niveau de la coopération Sud-Sud dans l’ère post-Covid-19, et sur son apport aux pays en voie de développement, notamment au niveau de la coopération multilatérale africaine.

 

Le positionnement du Maroc dans l’avenir de la coopération Sud-Sud :

 

Depuis le 11 mai 2020, le Royaume est devenu capable d’exporter des masques produits localement. En jouant si bien la carte de ladite « diplomatie des masques », le Maroc a pu s’imposer davantage sur la scène internationale, au-delà du cadre régional. Par ailleurs, au regard de la haute productivité et de l’innovation dont fait preuve l’industrie marocaine, le pays est devenu potentiellement capable de venir en aide à plusieurs Etats du Sud souffrant de pénuries graves au niveau sanitaire.

Ce positionnement du Maroc durant la période pandémique pourrait lui assurer un rôle central dans la coopération Sud-Sud par la suite, notamment dans le cas d’une coopération élargie entre l’Afrique et la région des Caraïbes et des Amériques en général. Dans ce cadre, l’Institut Amadeus, Think Tank marocain, et la Fondation Dr. Louis G Lamothe ont organisé tout au long du mois de mai 2020 une série de séminaires en ligne, ayant pour objectif d’ouvrir plusieurs pistes de réflexion sur l’instauration de mécanismes de coopération entre l’ensemble des pays du Sud, pour une gestion commune de la crise, et pour une relance coordonnée.

Par ailleurs, le Royaume pourrait également être amené à amplifier la coopération avec les pays d’Asie du Sud Est qui renforcent leur présence sur le continent africain. Au fil des dernières années, des nations comme l’Indonésie, la Malaisie ou encore la Thaïlande ont multiplié les investissements en Afrique, et il est fort probable qu’avec le développement rapide de la coopération Sud-Sud, ces derniers deviennent de véritables partenaires pour les pays africains.

 

Le Maroc au cœur de la coopération africaine :

 

En termes économiques, les investissements marocains en Afrique se sont élevés à 37 milliards de dirhams depuis 2013, faisant du Royaume le second investisseur africain sur le continent après l’Afrique du Sud. Le Maroc participe également au développement du continent à travers plusieurs projets de coopération comme nous l’avons déjà souligné. Il est également fort probable qu’à l’ère post-Covid-19, le Maroc puisse se rapprocher de l’Afrique anglophone, en participant au développement de pays tels la Zambie ou la Tanzanie.

Le Royaume pourrait également élargir les domaines de coopération à d’autres niveaux, en devenant force de proposition pour l’instauration d’un système de coopération interinstitutionnelle, voir interparlementaire. En outre, le Maroc pourrait également engager la société civile dans la coopération africaine, ce qui ne pourrait que servir davantage le rapprochement et l’homogénéisation désirée, nécessaires pour plus d’intégration au niveau du continent.

Pour finir, le Maroc pourrait également promouvoir une politique continentale de soutien aux PME-TPE pour leur relance économique. En effet, ces dernières constituent plus de 90% de l’ensemble du tissu économique africain, et leur résilience aux crises serait sans aucun doute l’indicateur principal de la santé économique africaine.

 


 

 

Ilyas BENABDELJALIL, Né à Kiev en août 1994. Il obtient un bachelor en Sciences Politiques à l’Université Internationale de Rabat en 2015, avant d’obtenir un Master en Gouvernance Régionale à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble en France en 2018. Il travaille par la suite pendant quelques années au sein de différentes agences de coopération internationale et de développement international, avant de rejoindre le monde de la recherche et des études stratégiques.

Ilyas BENABDELJALIL est chargé d’études à l’Institut Amadeus.