Quels sont les effets psychologiques du confinement ?

 

 

Voilà maintenant un peu plus de onze semaines, depuis l’annonce de l’état d’urgence sanitaire dû à la pandémie du covid-19, que la majorité d’entre nous est confinée. La restriction de la circulation, et la réduction des contacts physiques et sociaux causé par le confinement pourraient causer un sentiment d’isolement ainsi qu’un état de solitude et d’ennui, qui en découlerait un état de stress et de frustration pouvant même aller à une dépression ou à une détresse psychologique.

 

Quels sont donc les effets psychologiques du confinement et de l’isolement sur les individus ?

Il ressort de l’ensemble des études menées à ce sujet, que les personnes en isolement ont présenté pour la majorité des troubles anxieux, des troubles dépressifs, des troubles de stress post-traumatiques (TSPT), ainsi que des complications addictives.

Fin mars, l’Académie nationale de Médecine Française publie une étude sur les conséquences psychiques que pourrait entraîner le confinement. En effet, dans un contexte anxiogène dû à l’ampleur mondiale de la crise sanitaire causée par la pandémie du covid-19, la peur de mourir ou de voir mourir un proche, l’isolement affectif, la perte des repères sociaux, ainsi que la réduction ou la perte d’activité professionnelle, produisent un mélange délétère dont une des conséquences les plus graves serait de provoquer un état semblable à celui du stress post-traumatique.

Par ailleurs, une étude menée par le Centre de Recherches Politiques de Sciences Po a constaté une augmentation de 9% de la consommation de médicaments pour lutter contre le stress, l’anxiété ou les insomnies après une semaine de confinement.

D’autre part, une revue d’études publiée dans The Lancet en Mars 2020, reprenant vingt-quatre études réalisées dans le cadre de la mise en quarantaine de populations plus réduites et dans des contextes de suspicion de contaminations (telles que les épidémies de SRAS en 2003 ou d’Ebola en 2014) révèle que le confinement a des effets psychologiques néfastes pouvant aller des confusions, à des troubles de l’humeur, voire à un stress post-traumatique.

Cette étude a également montré que le risque d’apparition de ces symptômes s’aggrave avec la durée d’isolement mais aussi avec d’autres facteurs, comme, l’absence d’informations ou la perte de revenus.

D’un autre côté, une disparité sociologique importante a été observée quant à l’adaptation au confinement : 50% des femmes se sentent anxieuses et stressées (contre 36% des hommes), 32% des parents trouvent leurs enfants nerveux, contre 58 % pour les familles vivant dans un espace de moins de 30 m² et à 70% lorsqu’elles vivent dans une zone dite “défavorisée”.

En effet, être obligé de rester à domicile n’est naturel pour personne, car chaque individu a un besoin fondamental de liberté et de maintenir des liens sociaux pour conserver un équilibre de bien-être et de ce fait respecter une homéostasie, phénomène qui correspond à la capacité d’un système à maintenir l’équilibre de son milieu intérieur, quelles que soient les contraintes externes.

L’isolement forcé ou le confinement à domicile entrave cet équilibre psychique et ce sentiment de liberté. Face à cet environnement inhabituel, l’esprit a parfois du mal à s’adapter, le corps somatise et peut réagir au stress par différents maux (troubles du sommeil, douleurs musculaires, perte d’appétit, maux de tête, problèmes digestifs…).

Face à des situations de stress, la résistance diffère d’un individu à un autre. C’est ainsi que certaines personnes ont pu ressentir des angoisses dès les premiers jours de confinement, quand d’autres ont vécu les semaines de confinement dans une totale sérénité. Ceci est dû à des vulnérabilités individuelles, liées à la génétique, et à l’histoire personnelle de l’individu. Le directeur de l’hôpital régional psychiatrique Arrazi Tit Mellil-Casablanca, Khalid Ouqezza, a d’ailleurs déclaré que ces effets résultent de différentes pressions auxquelles s’expose la personne durant cette période, comme la solitude, le doute, l’ennui et la peur de l’imprévu.

C’est dans ce contexte que les psychologues conseillent de limiter l’afflux massif d’informations pour éviter les fake-news ou les informations contradictoires qui pourraient impacter négativement sur le psychique, et privilégier les échanges téléphoniques ou appels vidéo avec son entourage.  Il est également conseillé de limiter l’usage des réseaux sociaux qui peuvent accroître le sentiment de solitude et véhiculer des infos anxiogènes.

Par ailleurs, il a été observé que de nouvelles addictions ont émergé, telles que l’addiction aux écrans : entre le télétravail en journée, les films, les séries et les jeux vidéo, un individu passe plus de temps sur un écran en période de confinement qu’en temps normal. Cette surconsommation favorise le manque de recul et peut aggraver le sentiment de solitude en plus d’autres conséquences telles que l’obésité, le manque d’action, et le trouble du sommeil, ce qui en découlerait plusieurs autres problèmes psychiques. Il est d’ailleurs important de se réserver des périodes sans écran dans la journée et particulièrement avant de se coucher, pour favoriser les échanges en famille et les autres activités (lecture, jeux de société, méditation…).

Le plus important est de ne pas considérer cette mesure de confinement comme une sanction ou une privation forcée. C’est une mesure  radicale certes, mais indispensable pour préserver la santé de tous. Le devoir de chaque citoyen est d’accepter le confinement et de le respecter, en plus des autres règles sanitaires et de distanciation sociale, afin de contribuer à limiter l’épidémie du coronavirus.

Cette situation est temporaire et un retour à la normale se fera progressivement dès lors que cette crise sanitaire sera dépassée et qu’il y aura un déconfinement.

Le résultat des études menées ne suffit pas pour connaître et anticiper avec précision les effets psychologiques du confinement actuel, ce dernier étant totalement inédit par sa nature et son ampleur. « Extrapoler les résultats de ces études à notre situation actuelle permet de poser des hypothèses intéressantes et solides, mais il convient de rester prudent », insiste le Dr Ernouf, psychiatre reconnu. En Chine et en Italie, des équipes de recherche ont également commencé à publier sur le sujet au moment de leur propre confinement, mais là encore, la recherche est évolutive.

 


 

 

Imane Isselmane est titulaire d’une Maîtrise en développement durable ainsi qu’un Master en Management de la Qualité.

Après une expérience de plusieurs années dans le conseil stratégique en développement durable, elle intègre l’Institut Amadeus en 2014.

Imane Isselmane est actuellement assistante exécutive du Président.