VISIOCONFERENCE: Accords de Libre-Echange, vers des accords justes et équitables ?

Le 10 juin 2020, l’Institut Amadeus a organisé un webinaire ayant pour thématique : « Accords de Libre-Echange, vers des accords justes et équitables ?». Cet événement a vu la participation de plusieurs personnalités de l’économie marocaine, dont Monsieur Ahmed Azirar, économiste spécialisé dans les marchés internationaux, Madame Assia Bensaad, cheffe du département juridique de l’AMDIE, Madame Heuda Farah Guessous, consultante et formatrice, Madame Annie Mellouki, trésorière du réseau des initiatives agro-écologique du Maroc, Monsieur Mamoun Tahri-Joutei, directeur du centre d’intelligence économique chez BMCE Bank et Monsieur Brahim Fassi Fihri, président de l’Institut Amadeus. La discussion s’est déroulée en huis clos, selon le principe du Chatham House Rules. Durant le débat plusieurs points furent abordés, qui peuvent être résumé en ce qui suit.

Le premier Accord de Libre-Echange (ALE) qu’a établi le Royaume remonte à 1996, il fut signé avec l’Union Européenne. Aujourd’hui, le Royaume détient des Accords avec plusieurs pays et groupements d’Etats, nous parlons de 3ème génération d’ALE. Ces derniers présentent plusieurs avantages pour notre pays dont l’afflux des Investissement Directs Etrangers (IDE) et une ouverture sur l’exportation vers des marchés internationaux. Cependant, plusieurs aspects empêchent aux opérateurs marocains de profiter pleinement du libre-échange, dont un déséquilibre des profits, une absence de protection face à la concurrence extérieure, une difficulté de s’internationaliser (dont souffrent principalement les PME-TPE) et un traitement déloyal de la part des entreprises étrangères. Ces faiblesses engendrent une fragilisation du marché intérieur qui se retrouve submergé de produits extérieurs et une perte de recettes fiscales. Dans ce cadre, les notions de « juste » et « équitable » devraient être extrêmement bien définies selon leur contexte, et revues au fil du temps afin de les adapter aux différentes situations évolutives. Par soucis d’atteindre cette « équité », il est primordial de renégocier la majorité des ALE signés par le Maroc, afin de protéger les intérêts du pays.

Dans un contexte de mondialisation, le repli sur soi n’est pas une option valable. Par ailleurs, le secteur privé et la société civile doivent être intégrés dans la négociation (et la renégociation) des ALE, afin qu’ils puissent défendre directement leurs intérêts et mesurer les impacts des Accords avant leurs conclusions. Ceci pourrait se faire à travers les Fédérations, le Associations des consommateurs etc. Il faut également une analyse globale incluant des paradigmes économiques, stratégiques et politiques pour établir des Accords de Libre-Echange. La crise actuelle a engendré un majeur rétrécissement des chaînes de valeur, mettant sur table l’importance du développement de la filière industrielle au niveau local. Dans cette optique, le Royaume se trouve dans l’obligation de se spécialiser dans certains secteurs clefs, ce qui ouvrirait la voie à une renégociation des ALE pour plus d’équité.

Le Maroc est dans l’obligation de développer son propre label à travers des écosystèmes et en misant sur des secteurs clefs afin de protéger sa production. Pour cela, une concertation entre les secteurs public et privé s’impose. Les autorités doivent revoir les indices de performance de l’offre exportable dans le but de l’améliorer, et ceci à travers une étude mobilisant différents acteurs représentant différentes parties (l’Etat, les entreprises et les consommateurs). De plus, l’information sur les ALE doit être centralisée et mise à disposition de façon transparente, au profit des opérateurs marocains.

Le Maroc doit exporter plus. Pour cela, le Maroc peut s’investir dans la production de produits échangeables. Aujourd’hui, le marché national est submergé par toute sortes d’importations car les opérateurs préfèrent produire des biens non-échangeables. L’Etat doit encourager les entreprises à se diriger vers la production de produits susceptibles à être exportés.

Les points susmentionnés ont abouti à plusieurs conclusions et recommandations, visant à maximiser les profits du Maroc des Accords de Libre-Echange.

Ainsi, selon les intervenants, l’Etat doit établir une « équipe Maroc », rassemblant des acteurs publics, privés, et des représentants de la société civile. La mission de cette équipe serait de définir les produits exportables ainsi que d’étudier les atouts et les risques des ALE conclus. Le Royaume a tout intérêt à améliorer sa gouvernance du commerce extérieur et à investir dans la recherche au sein des Universités et des centres spécialisés afin d’incuber l’innovation.

L’export doit être réalisé principalement à base de produits excédentaires, après avoir assouvi les besoins locaux. Pour cela, l’Etat doit encourager les opérateurs à substituer aux produits importés des biens fabriqués localement. Dans ce cadre, une réforme fiscale favorisant les entrepreneurs peut contribuer largement à l’atteinte de cet objectif.

Enfin, sur la question des ALE, il est impératif de développer une approche holistique globale. La négociation doit être menée par des experts maîtrisant tous les aspects économiques, sociaux, politiques et stratégiques impliqués dans la problématique des Accords de Libre-Echange afin d’assurer plus de protection aux opérateurs marocains et à la productivité nationale.

 

Cette visio-conférence a connu la participation de :

• Ahmed Azirar, Economiste spécialisé dans les marchés internationaux, Fondateur de l’IMS.
• Assia Bensaad, Chef du Département Juridique à l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations (AMDIE)
• Heuda Farah Guessous, Consultante – Formatrice
• Annie Mellouki, Trésorière du Réseau des Initiatives Agroécologiques au Maroc
• Mamoun Tahri Joutei, Directeur Centre d’Intelligence Economique chez BMCE BANK
• Brahim Fassi Fihri, Président Fondateur de l’Institut Amadeus
• Ghassane Hajji, Chief Strategy Officer de l’Institut Amadeus.