Visioconférence: Le commerce international dans un monde post-Covid-19

Le 18 juin 2020, l’Institut Amadeus a organisé un webinaire ayant pour thématique : « Le commerce international dans un monde post-Covid-19 ». Cet événement a vu la participation de Monsieur Brahim Fassi Fihri, président de l’Institut Amadeus, de Son Excellence Monsieur Thomas Reilly, Ambassadeur du Royaume-Uni au Maroc, de Monsieur Amine Laghidi, Vice-Président de l’ASMEX, de Monsieur Nabil Adel, professeur à l’ESCA Ecole de Management, de Monsieur Mohamed H’midouche, Président de Inter Africa Capital Group, de Monsieur Youssef Zahoui, chef de Division des relations avec l’Europe au sein du Ministère chargé du commerce extérieur, de Madame Saloua Karkri, PDG de GFI Afrique, de Monsieur Mohammed Benchekroun, professeur à l’Université de Ningbo en Chine ainsi que de Monsieur Mehdi Harti de l’Ambassade du Royaume-Uni au Maroc. Plusieurs points résumés dans ce qui suit ont été abordés durant la discussion.

Selon Thomas Reilly, « nous sommes dans un monde de mondialisation et ce paradigme ne changera pas ». Cependant, « il est nécessaire de réadapter les chaînes de valeur et les renforcer. Pour le cas du Maroc, le commerce est très orienté vers l’Union Européenne et doit se diversifier ». Selon Monsieur l’ambassadeur, « c’est dans le cadre de cette diversification que s’inscrit l’accord signé entre les deux Royaumes ». Son Excellence a également ajouté « qu’il est nécessaire que les entreprises britanniques viennent au Maroc, et que les opérateurs marocains puissent voir ce qui se passe au Royaume-Uni ».

Monsieur Nabil Adel a souligné que « la crise du Covid-19 a démontré à quel point la mondialisation était nécessaire » et que « c’est le partage international de l’information qui a permis de limiter la propagation de la maladie ». La montée du protectionnisme serait, selon cet expert, « dangereuse pour cette coopération, qui permet de contenir des crises de niveau mondial. » Monsieur Adel a également rappelé que « c’est grâce aux Accords de Libre-Echange (ALE), que le Maroc a battu ses records d’exportation ». Refermer les frontières serait, selon lui, « un frein à notre développement ». Pour le professeur Adel, « les problèmes de déficit et de manque de compétitivité sont liés à des questions internes et non pas à l’ouverture sur l’international ». Enfin, « se renfermer sur nous-même ne serait pas une option valide, car les entreprises marocaines doivent s’ouvrir sur de grands marchés afin de développer leur compétitivité ».

Pour Monsieur Laghidi, « le Maroc est dans l’obligation de créer de la nouvelle valeur ajoutée ». Les accords de actuels ne permettent que l’exportation de produits bruts. C’est dans ce cadre que ceux-ci devraient être révisés, « afin de permettre l’exportation de produits finis, afin d’encourager l’emploi et l’industrialisation ».

Monsieur H’midouche a, de son coté, noté avec regret que certaines grandes puissances semblent s’orienter vers le protectionnisme. Ceci engendre selon lui « une fragilisation du commerce mondial » et « un choc planétaire que tout le monde subit ». Cette orientation est insoutenable au regard de l’aspect mondialisé des chaînes de valeur. Par ailleurs, le Covid-19 a également « créé une véritable menace pour la sécurité alimentaire africaine, qui ne reçoit plus d’exportation de riz et de blé ». Il est plus que jamais nécessaire pour l’Afrique de transformer ses matières premières au niveau local au lieu de les exporter à l’état brut. Enfin, pour Monsieur H’midouche, « les entreprises marocaines sont dans l’obligation d’élaborer des plans de continuité afin de survivre à la crise en cours ».

Monsieur Youssef Zahoui a souligné que « les autorités marocaines analysent et suivent l’implémentation de tous les ALE ». Ces derniers permettent par ailleurs « de tirer des connaissances permettant des améliorations dans plusieurs secteurs, comme ce fut le cas de l’Accord avec les Etats-Unis, qui a permis de mettre à niveau le cadre juridique marocain en matière commerciale ». Les Accords de Libre-Échange sont, selon le responsable, « conçus afin de prévoir des révisions et des améliorations. Les opérateurs marocains sont quant à eux dans l’obligation de tirer profit des ALE afin d’augmenter leur compétitivité ».

Pour le professeur Benchekroun « le Maroc doit développer un souverainisme sectoriel avant de s’internationaliser ». Il est nécessaire selon lui « que l’industrialisation se fasse par des opérateurs marocains ».

Monsieur Fassi Fihri a, de son côté, tenu à préciser que le Royaume est ouvert au monde entier et non pas refermé sur certains pays européens, en rappelant que SM le Roi Mohammed VI, a, à plusieurs occasions, insisté sur le fait que « le Maroc n’était la chasse gardée de personne ». A titre d’illustration de cette dynamique nationale de multiplication et de diversification des partenariats stratégiques, c’est « le Japon qui est aujourd’hui le premier employeur privé au Royaume ». Par ailleurs, le président de l’Institut Amadeus a également rappelé que le « Maroc s’impose comme un acteur économique et industriel de premier plan sur son continent d’appartenance et peut donc de fait, favoriser la création de chaines de valeurs afro-africaines qui pourraient elles-mêmes s’arrimer aux chaines de valeur mondiales ». L’intégration économique africaine, à travers la Zone de Libre-Echange Continentale (ZLECA), et l’intégration économique sous régionales, notamment à travers à travers l’adhésion du Royaume à la CEDEAO, permettront de fait une meilleure intégration du continent africain aux chaines de valeur mondiales. Monsieur Fassi Fihri a, par ailleurs, fait allusion au large potentiel de relocalisation que présente le Maroc pour l’Europe, qui peut permettre, à travers ses écosystèmes industriels novateurs et performants de « rapprocherx certaines chaînes d’approvisionnement venues de Chine du Vieux Continent, à travers la captation par le Royaume d’investissements industriels chinois.

Monsieur Mehdi Harti a mentionné que « les échanges commerciaux entre le Maroc et le Royaume-Uni ne représentent que de 0.2% des échanges commerciaux de la Grande Bretagne », mais que grâce à l’accord signé entre les deux pays, ils sont appelés à se développer. La Grande-Bretagne a identifié le Royaume entre 7 pays africains prioritaires pour le renforcement du commerce. Ainsi, selon lui, « une relation de gagnant-gagnant est appelée à s’installer, de laquelle les opérateurs marocains en sortiraient plus compétitifs ».

Monsieur Zahoui a souligné que le retard causé par la crise du Covid-19 prendra de longues années à être rattrapé. Il est primordial de renforcer le tissu industriel et de s’implanter dans les marchés à fort intérêt pour le pays sur lesquels Les ALE donnent une visibilité et transparence aux opérateurs marocains. Par ailleurs, le Maroc a revu certains Accords, notamment avec la Turquie, et a ouvert la réflexion sur la révision des autres ALE.

Monsieur H’midouche a insisté que la crise sanitaire du Covid-19 a engendré l’arrêt de la mobilité internationale dû à la fermeture des frontières. Par ailleurs, l’activité de plusieurs institutions financières a été suspendue et beaucoup de pays tels la Chine et la Russie ont à effectuer des échanges en utilisant leurs propres devises. Pour faire face à ce problème, le Maroc a pu établir des accords avec la BCEAO afin de minimiser les risques auxquels les banques marocaines opérantes en Afrique de l’Ouest sont exposées. Ces accords prévoient une supervision conjointe entre Bank-Al Maghrib et la BCEAO.

Toujours dans le cadre des efforts du Maroc pour booster ses exportations, l’ASMEX a créé une plateforme virtuelle nommée “e-xportmorocco”. Celle-ci est un outil de marketing permettant aux entreprises marocaines de définir leurs missions et échanger avec plusieurs parties. La création du club “Export Halal” vise à promouvoir le label Halal qui permet à plusieurs entreprises marocaines d’intégrer ces marchés et par conséquent renforcer davantage les exportations du Maroc, a noté Monsieur Mohamed H’midouche.

Monsieur Mohamed Benchekroun a, par ailleurs, insisté sur « la nécessité d’ouvrir une réflexion sur les instruments de financement des grands projets ». Il a aussi souligné « l’importance d’une politique innovatrice et protectionniste pour permettre de soutenir le potentiel d’industrialisation marocain qui s’est dévoilé durant cette crise du Covid-19 ».