Comment stimuler le financement des infrastructures en Afrique ?

Les infrastructures constituent un élément clé du développement d’une économie : leur degré de maturité est un indicateur du climat des affaires et des investissements, car elles permettent une réduction des coûts et des délais de production ainsi qu’un accès facilité au marché. Le continent Africain souffre d’un retard important en termes de développement des infrastructures : la faible quantité et qualité des infrastructures en Afrique Sub-Saharienne impacte de manière négative la croissance économique (entre un à deux points de croissance par an) et limite la productivité des entreprises de 40%.

Selon la Banque Mondiale, le coût annuel afin de couvrir les besoins en termes d’infrastructures se chiffre à 93 milliards USD par an (soit 15% du PIB de la région) dont 2/3 consacrés à l’investissement et 1/3 à l’entretien et la maintenance des équipements. Avec un taux de croissance démographique important au cours de la dernière décennie ainsi qu’une urbanisation galopante, les besoins ont rapidement augmenté et plus que doublé par rapport aux estimations faites en 2005. Ces besoins sont particulièrement prégnants dans le secteur de l’énergie (près de 41 milliards USD/an, soit 44% des besoins globaux et un taux de couverture actuel de 30% seulement), qui constitue de loin le défi infrastructurel le plus important de l’Afrique : une trentaine de pays sont régulièrement confrontés à des pénuries d’électricité et les usagers paient souvent un prix plus élevé afin de disposer d’une alimentation électrique de secours. L’eau et l’assainissement constitue le second poste de besoin (près de 22 milliards USD/an), or seulement  7,6 milliards USD/an sont affectés, complexifiant de facto l’atteinte de l’Objectif du Millénaire pour le Développement n°7 : en 2010, 11% de la population mondiale, soit 783 millions de personnes restent sans un accès à l’eau potable améliorée dont plus 40% vivent en Afrique Subsaharienne. La situation est encore plus détériorée dans le domaine des services d’assainissement de base. Or seulement la moitié des besoins de dépense d’infrastructure est aujourd’hui couverte : au total, 45 milliards USD/an sont affectés aux besoins d’infrastructure de l’Afrique

Subsaharienne dont 2/3 des investissements (près de 30 milliards USD/an dont 2/3 consacrés à l’entretien et la maintenance et 1/3 à l’investissement) est assuré principalement par le budget des pouvoirs publics et les usagers des infrastructures. Les sources de financement se sont diversifiées au cours des dernières années et ont connu une prise de participation plus importante de la part du secteur privé dont les flux ont triplé, passant de 3 milliards USD/an en 1997 à 9,4 milliards USD/an en 2010, et ce particulièrement dans le secteur des télécommunications qui connaît le retard à combler le plus faible.

Aussi s’agit-il de 50 milliards USD qu’il reste à mobiliser par an afin que l’Afrique rattrape son retard. L’équipement en infrastructures propres constitue une des principales conditions pour que le continent Africain puisse saisir l’opportunité d’être totalement intégré dans les échanges mondiaux.

Or, les sources de financement intérieures  ne sont pas intarissables et il n’est pas inhabituel d’avoir recours aux infrastructures comme variable d’ajustement budgétaire en cas de compression des budgets publics. Prenons le cas de l’Amérique Latine, qui en temps de crise dans les années 1990, a opéré des coupes budgétaires importantes dans les dépenses d’investissement et de maintenance de ses infrastructures, qui ont représenté environ 50% de l’effort budgétaire exigé afin de retourner à l’équilibre des comptes publics. Les Etats Africains sont donc confrontés à une problématique de diversification de leurs ressources et doivent faire appel de plus en plus à des sources de financement extérieur comme relais afin de financer le développement de leurs infrastructures. Or, le principal problème ne réside pas dans le déficit du capital privé disponible – au contraire -, de l’absence d’acteurs prêts à financer des projets de développement des infrastructures ou bien du manque de projets d’infrastructures portés par les Etats Africains, mais plutôt dans leur inadéquation.

Certes, les bailleurs de fonds traditionnels comme la Banque Mondiale ou bien la Banque Africaine de Développement consacrent des enveloppes budgétaires importantes pour les projets d’infrastructures, ainsi qu’une assistante technique pour le développement des projets. La BAD l’a récemment confirmé en adoptant lors des assemblées annuelles de la Banque en mai 2013 l’initiative « Fonds Afrique 50 », qui vise à mobiliser des ressources à grande échelle et attirer des financements privés internationaux pour résorber le déficit d’infrastructures de l’Afrique. Cependant, les Etats Africains peinent à mobiliser des canaux alternatifs de financement (investisseur privé) qui de manière générale ne sont pas rassurés par les signatures publiques ou les signatures des entreprises publiques, et ce pour plusieurs raisons :

Un manque de préparation des projets (mauvais dimensionnement, utilité sociale non perceptible) : l’évaluation et l’expression des besoins en infrastructures sont trop souvent mal reliés avec les besoins de la population (insuffisante implication de l’usager final dans le processus de montage des projets). Plusieurs grands projets d’investissement dans les infrastructures ont été mis en place sans une bonne planification des moyens ou des ressources ainsi qu’une gouvernance défaillante, engendrant de ce fait de nombreuses sources de gaspillage et d’inefficacité.

Un environnement politique peu lisible (risque monétaire important, lenteur des réformes institutionnelles, administratives et réglementaires du secteur des infrastructures, etc).

Un déficit de coordination du développement des infrastructures, au regard des besoins du continent d’un point de vue global. Les routes, la distribution d’eau, la fourniture et la distribution en énergie et même les infrastructures en télécommunications doivent être pensés à une échelle internationale et régionale et non seulement nationale.

Les pays Africains doivent donc sécuriser les sources de financement et créer un climat de confiance et de stabilité afin de rassurer les investisseurs potentiels. L’ère du monopole de l’aide publique au développement en provenance des pays développés ou d’autres pays émergents est révolue. Cela ne signifie pas que l’aide internationale au développement sera supprimée, cependant, elle ne pourra plus soutenir les risques et les montants nécessaires pour financer de manière durable les infrastructures. Dorénavant, tous les acteurs doivent être impliqués dans le processus de financement des infrastructures en Afrique : Etats, fonds souverains, collectivités locales, organisations supranationales, investisseurs locaux privés et fonds d’investissement internationaux. Un autre point d’attention doit être porté aux outils et mécanismes utilisés pour financer les projets d’infrastructures : par exemple, les PPP permettent de partager les risques mais également les bénéfices entre les différents acteurs en présence et de diversifier la typologie des investisseurs. Aujourd’hui, ils représentent un dispositif idoine pour une intégration inévitable du secteur privé dans le financement des infrastructures.