LA ZLEC EST-ELLE CAPABLE DE RELANCER L’AFRIQUE ?

ZLEC - Institut AMADEUS

Le sommet extraordinaire de l’UA à Kigali, s’est clôturé le 21 mars dernier, avec la signature du tant attendu accord de zone de libre-échange continentale, affublée de son acronyme : ZLEC. Quoique cette zone suscite de nombreux espoirs, va-t-elle réussir à gommer les disparités entre les différentes économies africaines et relancer l’Afrique ?

Il est indubitable que la création de la ZLEC est une décision dont il faut se féliciter, car elle permettra la libéralisation des échanges économiques inter-états et d’augmenter le niveau de commerce intra-africain de près de 60 %, à l’horizon de 2022. Tout sachant qu’aujourd’hui, seulement 16 % du commerce des pays africains s’effectue avec d’autres pays du continent et que ce dernier ne représente que 2% du commerce mondial.

Cependant, pour assurer une intégration économique réussie, il faudra des préalables.

UNE LOGIQUE DE RENFORCEMENT PLUTÔT QUE D’ADDITION

D’abord, il faut veiller que la suppression des barrières douanières annoncée par l’accord  ne bénéficie pas aux investisseurs et aux capitaux extérieurs uniquement. Ceci dit, cette mesure devra en premier lieu impliquer l’émergence d’une industrie africaine permettant de générer des emplois locaux et durables avec une forte valeur ajoutée.

Ensuite, il faudra impérativement préserver un équilibre entre les pays de cette zone, par l’implémentation et par le développement de mécanismes solides de solidarité permettant l’intégration effective des économies africaines les plus fragiles. En effet, la ZLEC devra s’inscrire dans la dynamique de renforcement des organisations régionales et sous régionales déjà existantes en Afrique, plutôt que d’additionner la ZLEC à ces organisations.

Une intégration effective, devra tenir en compte l’histoire des organisations de la région et aller au-delà des capacités économiques, afin de créer un espace économique harmonieux.

UN ACCORD AMBITIEUX, AVEC DES ZONES D’OMBRE

Alors qu’on attend le développement de plusieurs axes transnationaux, à l’image de  l’axe Dakar-Djibouti (8.715 km), censé relier Dakar (Sénégal) à Djibouti (Djibouti),  et traversant 10 pays d’Afrique de l’Ouest, le déficit d’infrastructures en Afrique est toujours préoccupant.

Ceci dit, afin d’améliorer les infrastructures sans forcément recourir à des investissements étrangers et bénéfices pétroliers, il faudra savoir déployer les capitaux dégagés par les échanges dans cette zone. A cet effet, une bonne gouvernance et une meilleure visibilité impliqueront également le développement de certaines industries africaines, notamment manufacturières, afin de s’extirper de leur cycle néfaste de production (exportation de matières premières comme le cacao et l’or).

Notons aussi que la libre circulation des personnes est un aspect qui n’a pas réellement été au cœur des discussions. Par ailleurs, dans certaines sous régions, notamment en Afrique centrale, on constate que les accords de libre circulation ne sont pas toujours appliquées. A titre anecdotique, un citoyen américain pourra facilement obtenir un visa à son arrivée dans quelques aéroports en Afrique, que les citoyens africains eux-mêmes !

L’URGENCE D’UN SOCLE ECONOMIQUE AFRICAIN

Dans plusieurs zones de libre-échange, il existe toujours des pays qui font preuve d’abnégation et de leadership. Rappelons-nous que lors de ses prémisses, l’Union Européenne (UE) a fallu constituer le socle de son union et que ses poids lourds mettent la main à la poche afin de redresser et de mettre à niveau les nouveaux entrants. Mais qu’en-est-t-il de la scène africaine?

Si l’absence du Nigéria de cet accord constitue d’ores et déjà une difficulté de taille, financer tous les mécanismes permettant d’harmoniser les économies et de mettre en place un espace d’échange équilibré s’annonce encore plus compliqué. L’Afrique du Sud par exemple, ardent défenseur de cet accord, a souvent estimé que les économies africaines sont trop petites pour pouvoir seules se diversifier et de s’industrialiser.

Last but not least, la dépendance des pays africains vis-à-vis de l’Union Européenne est une réalité. Or, cet enthousiasme suscité pour la ZLEC ne doit pas refaire les mêmes erreurs du passé  et reproduire une nouvelle dépendance en faisant appel à des partenaires extérieurs.

EL GUILI Hamza
Chercheur-doctorant