Le marché de l’emploi Marocain face à la crise sanitaire

Comme toutes les crises, il y aura un avant et un après. Il est heureux de constater que notre pays a pris les bonnes mesures, assez tôt pour protéger les Marocains.

Toutefois, cette crise a montré combien nos entreprises et nos organisations du travail étaient fébriles, et ce d’autant plus que nous avons pris un retard certain en matière de digitalisation.

Par ailleurs, l’archaïsme de notre code du travail et son absence d’agilité freinent les opérateurs économiques pour prendre des initiatives afin de protéger et de sauver des emplois. Et de redémarrer lorsque nous serons sortis de ce cauchemar sanitaire mondial.

Plus de 2 millions d’emplois vont être en danger, le chômage va bondir, l’outil de production des entreprises va être en difficulté au retour au travail. Une casse sociale est à prévoir.

Outre les moyens financiers mis en œuvre pour accompagner les entreprises dans cette période difficile (hormis les reports de paiement de charges), je parle ici du cash nécessaire pour passer le cap avec le moins de dégâts possible.

Si les annonces récentes sont un bon début, elles ne peuvent être conditionnées au cas par cas, car ce sont toutes les entreprises du pays qui sont peu ou prou à l’arrêt.

Ici, I’enjeu de confiance entre les parties devient la clé de sortie de crise car ce contrat de confiance n’existe pas réellement entre l’ETAT et les opérateurs économiques.

Il faut susciter la confiance pour qu’elle devienne un outil de résilience dans ce moment difficile pour tous.

Il s’agit d’abord de rester debout ensemble.

Le monde de 2020 avec ses impératifs et ses mutations technologiques, les nouveaux usages, la réduction des cycles de consommation et de production, imposent une adaptation des législations de toutes natures – plus urgemment, le code du travail – et développement des conventions collectives.

C’est pourquoi, il est primordial de laisser les entreprises expérimenter des modèles d’aménagement du travail sans être freinées par une législation quelque peu archaïque au regard du monde dans lequel nous exerçons aujourd’hui.

Bien évidemment, les opérateurs ont utilisé les congés payés quand cela était possible et surtout quand les salariés ne refusaient pas cette initiative. Les procédures de chômage partiel ou technique sont complexes et lourdes. Obtenir un accord (rarissime) est de l’ordre de l’exceptionnel.

S’agissant du télétravail dans les pays développés, moins de 20 % l’utilisent. Au Maroc, le télétravail est marginal, même si cette période se prête à l’expérimentation. Pour réussir cela, il faut également de la confiance entre les dirigeants et leurs salariés. « Je ne lui fais pas confiance, il/elle ne va pas travailler… » Autant de verbatim qui prouvent la méfiance et montrent la difficulté de mise en œuvre.

Sauf que ce mode de travail va aller croissant dans le monde. Et nous n’y échapperons pas. Pour y arriver, en plus d’une réglementation, nous avons besoin d’un contrat moral entre le salarié et son entreprise.

C’est pourquoi, il est urgent de reconsidérer le contrat social entre les parties prenantes et en particulier entre les syndicats et le patronat pour dépoussiérer le code du travail et booster la mise en place de conventions collectives.

Le code du travail actuel est caduc pour faire face aux nouveaux enjeux économiques et sociaux. La gravité de la situation nous commande de revoir tous les champs de notre législation du travail.

Ce serait un premier signal fort pour sauver l’outil qui crée de la valeur : à savoir, les entreprises et les salariés qui la composent.

J’entends déjà les réfractaires à tout changement arguer du fait que la précarité existe dans les entreprises et que si l’on donne plus d’agilité aux entreprises, cela sera au détriment des salariés.

Je répondrai tout simplement que nous avons au moins 600 000 emplois à créer par an, que cette crise va augmenter les rangs des chômeurs. Notre première responsabilité est d’ouvrir la porte aux demandeurs d’emploi et de sauver les emplois actuels avec cette crise.

Aussi, l’agilité n’est pas un chèque en blanc, mais bien une responsabilité pour les chefs d’entreprise qui devront rendre des comptes et, le cas échéant, assumer l’absence de responsabilité.

Cette crise sanitaire nous met face à nos responsabilités, révèle nos carences structurelles et pointe la fragilité de nos dispositifs de création de valeur.

Nous n’avons pas une économie de pays développé. Par conséquent, nous devons profiter de ce moment, pour mettre chaque partie prenante en face de ses responsabilités et repenser nos priorités.

Cette crise sera salutaire si elle crée le déclic nécessaire chez les principaux acteurs, les citoyens y compris, pour écrire ce nouveau contrat social nécessaire à une résilience pour un Maroc plus fort et plus juste.

Plus largement, avec cette crise sanitaire, on observe que la crise de sens se renforce et la question est posée : Comment faire société de manière solidaire replacer l’humain au centre des préoccupations politiques.


Jamal BELAHRACH, 52 ans, diplômé de l’Université de Saint-Denis, du programme Top-Management de l’INSEAD, Fontainebleau et du programme de Management Général Avancé d’HEC executive, Jouy en Josas. De nationalité franco-marocaine, marié, et père de 3 enfants.

A l’âge de huit ans, il quitte le Maroc avec ses parents pour s’installer en France. Il y vit jusqu’en 1997, année où il fait le choix de rentrer au Maroc pour contribuer au développement de son pays d’origine.

En self made man, il lancera les activités de Manpower, multinationale américaine, en tant que Directeur Général du Maroc.

En 2000, il crée Manpower en Tunisie et en 2004, il devient président Manpower Maghreb (Maroc et Tunisie) et DOM-TOM (Antilles, Océan Indien, Nouvelle Calédonie), filiales extérieures de Manpower France. Son temps est partagé entre la France et les filiales qu’il a en charge. Il est également membre du Global Leadership Team (GLT) ManpowerGroup, une équipe de 150 dirigeants sélectionnés sur les 84 pays où Manpower est présente.

Aujourd’hui, Manpower Maroc fait travailler 8000 salariés temporaires tous les jours, 100 collaborateurs permanents et réalise 450 millions de CA.

Jamal Belahrach est actuellement CEO de DEO Conseil International, Président de la fondation Zakoura Education et Président de la fondation Jobs for Africa.