Le Maroc post Covid-19 : L’opportunité au cœur de la tempête

Malgré les sonnettes d’alarme à répétition tirées par les experts mondiaux, les risques majeurs auxquels le monde fait face (pandémies, catastrophes humanitaire et économique dues aux répercussions des changements climatiques, conflits armés, et crises de réfugiés etc.) ont longuement été  ignorés par les leaders politiques et les grands acteurs économiques à travers le monde.

Le coronavirus ne s’est pas seulement attaqué aux systèmes immunitaires des patients affectés, mais a aussi atteint de plein fouet les systèmes de santé, de production économique et de gestion de crise, révélant au grand jour les risques systémiques et les faiblesses organisationnelles des états et des organisations internationales.

Dans ce contexte, l’Institut Amadeus prépare une série d’études, en collaboration avec ses partenaires nationaux et internationaux, afin d’évaluer l’impact économique et social de cette pandémie sur le Maroc, en vue de proposer des mesures de relance économique et de soutien social, et de définir des voies possibles d’action et de leadership au niveau régional et continental.

A l’Institut Amadeus, nous considérons que la pandémie covid-19 est un test grandeur nature des défis à venir.  En effet la conjoncture actuelle devrait être l’occasion d’anticiper les mesures de relance, car dans l’immédiat, force est de constater la nécessité de renforcer la capacité des infrastructures médicales au Maroc, en améliorant la qualité des services et en instaurant des modèles d’excellence dans la formation du personnel médical. En parallèle, la nécessité de création de fonds d’urgence s’impose pour faire face aux crises naturelles et pour la résilience de notre pays face aux chocs économiques que cela peut engendrer.

Cet état de fait implique la responsabilité des acteurs économiques et des professions libérales, dans le cadre de la solidarité nationale, à payer leurs impôts et jouer leur rôle citoyen et social. Mettre fin à l’informel et à l’économie de rente est plus que jamais une nécessité sociale, puisque cela rend impossible de soutenir financièrement les couches sociales les plus vulnérables en temps de crise où des milliers de marocains se retrouvent dans l’incapacité financière, à cause de la fermeture de leurs commerces. Il nous faut donc proposer des mesures concrètes et concertées pour combattre l’évasion fiscale et la fuite des capitaux.

En effet, la relance économique nécessitera une forte volonté politique, une discipline sans faille dans l’application des mesures d’urgences, comme celles à plus long terme, ainsi qu’une intransigeance contre les pratiques qui ont trait à fragiliser notre économie. Le besoin de mesures drastiques et la sensibilisation accrue des acteurs économiques comme celle de l’ensemble des citoyens est un point de lumière dans ce contexte de crise, mais également une aubaine pour appliquer les recommandations de la commission pour le nouveau modèle de développement

Les relents corporatistes et les intérêts personnels étroits, qui prennent le développement économique de la nation en otage sous prétexte de garder la paix sociale ne pourront plus être justifiables. Aujourd’hui, plus que jamais la solidarité des marocains est de mise, comme le prouve l’élan de solidarité qui a suivi la création par sa majesté le Roi Mohammed VI du Fond Spécial pour la gestion de la pandémie du Coronavirus.

L’Institut Amadeus, en tant que centre d’analyse et  laboratoire d’idées, entreprend donc de lancer un grand chantier d’étude pour proposer les meilleurs pratiques mondiales afin de restructurer et  assainir le tissu économique marocain, dans la continuité de sa contribution à la refonte du modèle de développement initié depuis Août  dernier.

Le meilleur moyen pour atteindre cet objectif est de promouvoir des politiques publiques s’appuyant sur les faits « fact-based public policy » où les considérations de recherches scientifiques basées sur des données empiriques et des analyses et méthodologies rigoureuses remplacent les approches dogmatiques, idéologique, ou démagogiques. Des recherches objectives, et des visions volontaristes doivent remplacer des calculs à court termes, et des discours populistes creux.

La priorité passe donc par la réévaluation de la stratégie d’investissement de l’état dans le financement et la gestion des hôpitaux, et étudier les meilleurs pratiques en termes de partenariat public-privés pour mettre fin une fois pour toute aux déboires d’un secteur qui a longuement souffert de manque de moyens, de valorisation de son capital humain, et de méthodes de gestion obsolètes et en déphasage complet avec les attentes des citoyens et du corps médical.

Sur le plan de la communication, il faudrait travailler sur la valorisation des experts et des acteurs de la vulgarisation de l’information scientifique, et mettre en place des mécanismes robustes de fact-checking, et continuer à miser sur la transparence pour instaurer la crédibilité et la confiance (gestion des fonds d’urgence, communication de crise…) comme ce fut le cas dès le début de cette crise.

L’Institut Amadeus projette de lancer des programmes de mise en place de mécanismes d’accès à l’information et de participation citoyenne.

Sur le plan Technologique, il faudrait miser sur les innovations qui permettent de libérer les élans créatifs, tel que les imprimantes 3D qui pourront servir à produire des équipements médicaux d’urgence à bas prix, et l’usage des drones pour le suivi des situations de crises et la livraison de produits de soin et d’équipement dans les zones éloignés. Dans ce cadre il faudra penser à établir un réseau de « Maker-Space » en partenariat avec les universités, et les institutions de formation technique.

Au niveau international, le Maroc a la capacité de se positionner en tant que leader Africain en termes de coordination de la recherche, de dépistage, et de prévention des épidémies. Notre pays a la capacité de devenir un centre de production de médicaments génériques et d’équipements médicaux pour le continent Africain.

Les chaines d’approvisionnement ne pouvant dorénavant être limitées à des zones géographiques particulières, le Maroc doit identifier et investir dans les domaines clés où la redondance industrielle est souhaitée et établir des coopérations avec ses partenaires internationaux, européens et africains pour garantir la pérennité de ces initiatives.

Le Maroc peut aussi agir plus fermement en porte-voix des pays qui seront les plus touchés par les effets négatifs du changement climatique et capitaliser sur son soft-power pour jouer un rôle encore plus proactif dans la résolution des conflits armés sur le continent, en activant les institutions de recherche et de médiation au sein de l’Union Africaine. Les conflits armés sont en effet  la première source de risque en ce qui concerne la propagation d’épidémies graves, sans négliger les crises de réfugiés que cela implique.

Le plus grand chantier dans la période à venir et de repenser un nouveau modèle de Mondialisation solidaire, qui replace l’humain au centre de ces préoccupations et œuvre à créer des synergies positives. La coopération Sud-Sud et l’échange de technologie et de connaissances avec les pays les plus développés ne peut rester un vœu pieux.

La crise actuelle est un appel à l’éveil de notre sentiment de responsabilité collectif. Ensemble nous pouvons non seulement vaincre cette pandémie, mais aussi établir les fondements d’un avenir bien meilleur.


 

M.Ghassane Hajji est titulaire d’une bourse Fullbright, et d’un master en Administration Publique de la Maxwell School de N.Y.

Il cumule plus de quinze ans d’expérience dans les domaines du développement international, des relations gouvernementales ainsi que des médias et des communications, avec une connaissance approfondie du Maroc et des environnements réglementaires.

M. Ghassane Hajji est Chief Strategy Officer à l’Institut Amadeus.