Pandémie de Coronavirus : Vers un nouvel ordre politique et économique mondial

Un nouvel ordre politique et économique mondial est en train de se dessiner sous nos yeux. Il aura suffi d’un virus pour que toutes les vérités de la civilisation dite occidentale volent en mille éclats. Après la pandémie, le monde devra soigner ses blessures certes, mais aussi revoir les règles qui le régissent à travers une Conférence de Yalta des temps modernes, qui demeurent anciens, puisque la recherche de la domination, du pouvoir et de la richesse reste à l’origine de tous les grands maux de l’humanité en enterrant la Globalisation et sa résultante, la Mondialisation.

Paradoxalement, la pandémie de Coronavirus n’a pas fait que des victimes depuis décembre dernier, elle a aussi permis de réduire les émissions de gaz à effet de serre et la pollution atmosphérique. A l’usine du monde, la Chine, qui est également le point de départ de l’épidémie, les données récoltées par les scientifiques chinois via les satellites ne laissent aucun doute à ce niveau. Durant les deux mois précédents, la concentration de dioxyde d’azote (NO2) a baissé dans les grandes agglomérations chinoises de 30 % à 50 % comparativement à la même période en 2019. Les émanations de monoxyde de carbone (CO) ont chuté de 10 % à 45 % dans la région qui s’étend entre Wuhan et Beijing. Ces émanations ajoutées à celles des particules fines provoquent l’effet de serre, qui est, à son tour, à l’origine du réchauffement climatique.

Réchauffement climatique : la bombe déclenchée à distance

Cette augmentation des températures moyennes océaniques et atmosphériques a été observée depuis le début du XXème siècle. L’ONU, ou le «machin»  comme aimait à le surnommer le général Charles De Gaulle, n’a pris le problème en main qu’en 1988 en mettant en place un Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour faire le point sur les études scientifiques menées jusqu’à ce jour. Pointilleux sur les détails qui ne prennent pas en compte l’avenir de milliers de personnes, le GIEC estimera, dans un premier temps, que la certitude que le réchauffement climatique est lié à l’augmentation des gaz à effet de serre est très probable (2007) avant de la juger extrêmement probable (2014). Au cours du XXIème siècle, le GIEC pense que la température à la surface de la terre augmentera de 1,1 à 6,4° C. Si, depuis le début de ce siècle, les Etats sont unanimes sur les effets du réchauffement qui pourraient être irréversibles, et bien qu’ils estiment qu’il faille adopter des actions concertées interétatiques comme lors de la COP 22 de Marrakech, l’action ne suit pas.

Le «machin» vidé de sa substance par les jeux de pouvoirs

Résultat des courses : des dizaines de milliers de décès causés par les vagues de chaleur, devenues plus fréquentes et plus longues, les inondations dans les pays du Nord et de multiples phénomènes météorologiques extrêmes. Les effets du réchauffement sur la faune, la flore, les pratiques agricoles, la biodiversité, le mode de vie animal… Le pire, expliquent les scientifiques c’est que « la fonte de toute masse importante de glace s’accompagne de déplacements de la gravité et par suite d’une déformation de la Terre considérée comme viscoélastique (mesurable par les mesures GPS, inclinométriques (…) et gravimétriques près des zones affectées ». Le climat,  comme une épée de Damoclès, nous tient donc sous sa merci, ou plutôt les producteurs de gaz à effet de serre, qui ont pris nos vies en otage dans une équation où le dénominateur commun n’a pas d’odeur : l’argent. Toujours l’argent. Cette motivation, ce leitmotiv qui a tant fait courir les hommes et les nations en quête de pouvoirs qu’il peut conférer. Cependant, aujourd’hui, devant notre impuissance face à un micro-organisme, il serait peut-être temps de reconsidérer nos vérités, nos priorités et le futur que nous voulons léguer à nos enfants.

Terriens de tous les bords, unissez-vous !

Si tous les Terriens sont unanimes à dire que nous remontons à la même origine, Adam et Eve, il serait peut-être temps pour eux de reconsidérer l’équation à un double niveau : individuel et étatique. La pandémie du Coronavirus a montré que l’ONU, excepté l’OMS, est restée impuissante. Cet organisme clérosé par une répartition des pouvoirs entre plusieurs classes d’Etats selon leur puissance économique, militaire, financière, miné de l’intérieur par la disposition statutaire du Veto n’est plus réactif, ferme les yeux sur beaucoup de drames comme en Syrie, bref ne sert plus les grandes idées humanistes qui ont présidé à sa création depuis son ancêtre la Société des Nations. L’ONU s’est vidée au fil du temps de sa substance en raison des jeux de pouvoirs qui hantent ses arcanes et qui sont un business juteux pour les lobbyistes de tous bords.

Aujourd’hui, l’ONU ne sert plus les finalités qui lui ont été assignées. De plus, chaque pays, riche ou pauvre, puissant ou faible, est sur un pied d’égalité avec les autres face à l’épidémie. La menace est unique, les destins pluriels.

L’humanité vaut plus que tous les Etats réunis

Certes les pays du Nord ont l’avantage d’être développés, mais force est de constater aujourd’hui que même les pays dits développés sont impuissants face à ce fléau. A telle enseigne que le philosophe français Michel Onfray, qui a fustigé l’incapacité des leaders européens face au Coronavirus, qualifiant l’Europe de « nouveau tiers-monde ». Si tous les pays sont égaux face à la même menace, chaque pays devrait avoir les mêmes droits que ceux des puissants de ce monde, comme ceux qui siègent de façon permanente au Conseil de sécurité. Les injustices générées par le système onusien n’ont que trop duré et il est temps, grand temps de créer une instance internationale de défense de l’humanité et non pas des intérêts d’une poignée d’États.

Les contours du nouvel ordre économique et politique mondial

Aujourd’hui, sous nos yeux, se dessine un nouvel ordre mondial à la fois sur le plan politique et économique. Sur le plan politique, les Etats-Unis empressés à chaque fois d’ajouter leur grain de sel ne se sont pas montrés empressés de se porter au secours de leurs alliés européens, trop occupés qu’ils étaient de se venger du régime des Mollahs en Iran en saignant à blanc un peuple qu’ils disaient vouloir défendre. Aujourd’hui, les pseudo-défenseurs de la démocratie et de la liberté qu’ils ont apportés à l’Irak, sont en train de commettre des crimes contre les Iraniens, coupables de ne pas s’être affranchis du joug des Mollahs. L’Iran est aussi riche que les monarchies pétrolières, il a les moyens et les ressources qu’il faut, mais demeure suffoqué par les sanctions. Quant à l’ONU, elle reste aux abonnés absents car le fil a été coupé par le Veto américain.

Pressés à chaque fois de s’isoler du reste du monde quand le péril est dans la demeure, les Etats-Unis ont laissé les coudées franches à d’autres Etats de combler le vide qu’ils ont laissé. Ce n’est pas un hasard si la Russie, la Chine, le Venezuela et Cuba se sont portés au secours de l’Italie, empêtrée jusqu’au cou dans la lutte contre la pandémie. Et comme par hasard, tous ces pays ont quelques reproches à faire à l’Oncle Sam. La Russie a envoyé 7 avions cargo militaires chargés de matériel et des équipes médicales militaires. Parmi le matériel qui devrait arriver en Italie, figurent des camions de désinfection (TMS-65U) qui servent à décontaminer les rues. Ulcérés, les Américains n’ont pu s’empêcher de réagir par la voix de leur Chef de la diplomatie Mike Pompeo, qui a dit que les Etats-Unis étaient en train d’étudier la possibilité d’infliger de nouvelles sanctions à la Russie pour avoir interféré dans les affaires internes de l’OTAN et de vouloir créer des sentiments d’hostilité et la division au sein de ses membres. A croire que l’OTAN a toujours agi en bloc, alors que le mur de son unité ne cesse de se lézarder comme l’a prouvé la crise syrienne.

Quel Etat diaboliser : la Chine ou l’Amérique ?

Parallèlement, une guerre médiatique a opposé Donald Trump et la Chine concernant l’origine du virus. Alors que le Président américain accuse la Chine d’en être l’origine et essaie de manipuler les médias qu’il n’aime pas pour véhiculer ses messages vers Pékin, cette dernière se contente de pointer un doigt accusateur sur Washington. L’ambassade de la Chine en France a écrit sur son compte twitter : « Effectivement, il reste beaucoup à clarifier sur l’origine du Covid-19. Les Etats-Unis doivent donner plus de transparence ». La Chine, elle aussi, meuble les chaises vides laissées par les Américains dans plusieurs pays en Asie, mais aussi en Afrique et dans le monde arabo-musulman. Très opportunistes, les Chinois ne manqueront pas de prêter main forte à l’Afrique où ils sont fortement présents. De quoi donner matière à réfléchir aux Américains qui voient le dragon chinois lui ravir la vedette ainsi que l’ours russe. Tout cela pour dire, qu’un nouvel ordre politique mondial est en train de se dessiner. C’est forts de ce constat que les pays du G20 ont décidé de prêter main forte aux pays du Sud pour être politiquement corrects, afin de ne pas dire sous-développés, via une batterie de mécanismes existants et à venir.

Le peuple iranien victime de la vengeance américaine

Pendant ce temps-là, l’Iran est victime de la vengeance sans visage des Etats-Unis. Durement impacté par les sanctions, l’Iran, de l’avis de Hassan Rouhani, son Président, a réalisé une « épopée historique dans la gestion de l’économie du pays sans se baser sur le pétrole… ». Dernièrement, des camions chargés de matériel médical à destination de l’Iran ont été bloqués par la Roumanie et la Bulgarie en respect de l’embargo. Alors, le peuple iranien peut dormir les yeux grands ouverts en attendant un secours qui ne viendra pas. Et comme le dit si bien Edgar Morin, « la mondialisation est une interdépendance sans solidarité».


Abdellah EL HATTACH
 

Abdellah El Hattach est directeur de Global Impact, structure spécialisée en International Affairs et Intelligence, orientée géopolitique et décryptage de l’information sensible et complexe. Ancien journaliste dans des supports francophones et arabophones marocains, il a son actif de nombreux articles et analyses sur les questions géopolitiques, géostratégiques, de défense et de sécurité relevant des régions MENA, bassin méditerranéen et monde arabo-musulman. Il conseille plusieurs entreprises de premier plan au Maroc. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @aelhattach et @GlobalImpactIn2