Renforcement de la Compétitivité des Entreprises Africaines : Financer les PME et Soutenir l’Entreprenariat

Un accès au financement difficile pour les entrepreneurs africains

Près de 450 millions de jeunes entreront sur le marché de l’emploi en Afrique d’ici 2050, ce qui représente à la fois un défi et une opportunité pour le continent africain et pour le monde. En Afrique, les start-up, petites et moyennes entreprises représentent à elles seules 90% des sociétés privées et embauchent 70% de la population rurale1! Elles sont donc incontournables, notamment dans l’émergence de la classe moyenne africaine et l’accès à l’emploi. Cependant, le manque de financements adaptés reste un obstacle fondamental, qui freine l’ambition des entrepreneurs et bride le potentiel de leurs entreprises. Aujourd’hui, seules 20 % des PME en Afrique ont accès au prêt bancaire et 87 % des start-up n’ont accès à aucun financement. L’Afrique est donc un continent sous-financé, et ce sont les PME, plus que les ménages, les États ou les grandes entreprises, qui en font les frais.

Ainsi, force est de constater que les PME africaines n’ont pas accès à un écosystème de financement assez diversifié pour poursuivre leur croissance. A titre de comparaison, une startup qui se lance en France peut bénéficier d’aide publique, de soutien de business angels, des capital riskeurs, des banques ou encore du marché financier. Par conséquent, à chaque étape de développement de l’entreprise, cette dernière a en face d’elle une ressource qui lui correspond. Ce qui n’est pas forcément le cas sur le continent. En Afrique, on peut bénéficier du « love money » c’est-à-dire l’argent des proches mais à défaut, la seule possibilité que vous avez, c’est la Banque. Cependant, beaucoup d’entreprises ne sont pas éligibles à des financements bancaires pour des raisons intrinsèques. En effet, les banquiers ont des exigences qu’une jeune entreprise ne peut pas toujours satisfaire. Les PME ne trouvent donc que rarement un crédit dont la maturité corresponde à la vie économique de l’investissement. Elles doivent par conséquent recourir à des financements à court terme, dont les mensualités beaucoup plus élevées (souvent intenables) créent des problèmes de trésorerie. Un autre obstacle au financement des PME est la perception du risque qu’elles représentent. Une banque guinéenne affiche, par exemple, une exigence de 80 % de garantie pour ses prêts aux PME. Cela limite évidemment le nombre d’entreprises susceptibles d’obtenir un financement et l’efficacité dans la lutte contre la pauvreté. A noter que cette perception d’un risque élevé se fait plus nette encore pour les jeunes entrepreneurs ou les femmes. Nous nous devons donc d’adapter nos dispositifs pour les accompagner plus efficacement et ainsi mieux participer à leur essor.

Choose Africa, un accompagnement multi-dimensionnel

Pour contribuer à cet enjeu majeur pour l’Afrique, la France a lancé en 2019 l’initiative « Choose Africa ». Celle-ci vise à déployer, principalement via le Groupe AFD (et sa filiale du privé Proparco), un soutien aux start-up et PME africaines à travers un continuum de solutions de financement. Si le continent est un pôle d’innovation de plus en plus important, la dynamique de création de start-up est très contrastée. La plupart sont établies dans les trois grands hubs que sont l’Afrique du Sud, le Nigéria et le Kenya. L’Afrique de l’Ouest – et plus largement l’Afrique francophone – a beaucoup de potentiel à exploiter, mais qu’on ne s’y trompe pas, un écosystème favorable nécessite d’y être instauré. Tel est le cheval de bataille de Choose Africa. Ce dispositif investira plus de 2,5 milliards d’ici 2022 (soit plus de 1 600 milliards de FCFA) pour permettre l’accompagnement d’environ 10 000 entreprises africaines. Preuve de son soutien envers ces acteurs qui encouragent la création d’entreprise, Proparco a récemment accordé un prêt de 3 millions d’euros à Al Amana Microfinance, institution pionnière dans la gestion de la performance sociale au Maroc. Les financements accordés à Enda Tamweel en Tunisie ou encore à Advans en Côte d’Ivoire illustrent également l’engagement du Groupe AFD. Mais apporter de l’argent ne suffit pas, un second volet du programme sera consacré à l’accompagnement des entreprises, notamment par la consolidation des réseaux d’incubateurs.

Faire évoluer le cadre réglementaire et faciliter la création d’entreprises

La réglementation est un autre facteur limitant du financement aux PME. Pouvoirs publics, banques centrales et autorités monétaires régionales sont chargés d’établir et de faire respecter les règles permettant d’assurer la bonne santé du système financier. L’enjeu est donc de trouver le juste équilibre dans l’offre de crédit. Certains pays africains appliquent des règles restrictives qui limitent la capacité des banques à prêter aux PME. En Mauritanie, par exemple, une banque explique qu’un emprunteur doit normalement fournir une garantie immobilière de 120 % du montant du crédit sollicité. De telles restrictions sont contreproductives et, dans ces pays, une réforme s’impose pour permettre la croissance des PME.

Au-delà de l’accès aux financements, ce sont aussi et avant tout les démarches qui doivent être fluidifiées et rendues simples pour les entrepreneurs. Dans ce sens, la France et ses entreprises apportent également leur soutien en aidant à mettre en place des mécanismes de simplifications administratives en faveur des PME africaines, comme l’a fait la Société Générale (SGBS) en inaugurant une Maison de la PME à Dakar. Cette structure réunie dans un même espace des acteurs locaux et internationaux tels que l’ADPME, le Réseau Entreprendre, AFD-PROPARCO, Investisseurs & Partenaires, Bpifrance et l’APIX. Toutes ces organisations s’unissent pour œuvrer ensemble à la levée des principaux freins à la création et au développement des entreprises : en fournissant des expertises comptables, techniques ou juridiques ; en apportant conseils, formations, monitoring ou sensibilisation aux enjeux environnementaux et sociaux, et évidemment en étudiant des solutions de financement à tous les stades du cycle de vie de l’entreprise. Ce type modèle doit être dupliqué ou adapté dans l’ensemble des capitales en Afrique !

L’ émergence de nouveaux outils à destination des PME et des start-up africaines

De nouveaux modèles émergent portés par la révolution numérique soufflant sur le continent africain depuis quelques années, avec comme figure de proue le « mobile money » et les fintech. Ces modèles basés sur l’innovation numérique ont révolutionné l’écosystème des paiements en Afrique, permettant le développement de services financiers innovants et inclusifs. Une question se pose naturellement : cette vague d’innovation numérique peut-elle permettre de résoudre le problème de l’accès au financement pour les PME ?

Le décaissement pose souvent des difficultés dans le cas de PME se trouvant dans des zones mal desservies par les institutions financières. Là encore, les technologies tel que le « mobile banking» (plus de 132 déploiements à travers l’Afrique et près de 400 millions de comptes enregistrés) apportent une touche d’efficacité en permettant aux crédits d’être déboursés directement dans un compte électronique opéré à partir du téléphone portable. Le développement du e-commerce fournit également des informations précieuses pour la décision de crédit. Ainsi Jumia,un des leaders du e-commerce en Afrique, dispose d’une offre de crédit ciblant les PME ayant vendu plus de 25 produits en ligne sur une période de six mois, pour un montant total supérieur à 100 000 naira (290 euros). À tous les niveaux de la chaîne de valeur du financement des PME, des entreprises ou des technologies innovantes apportent des réponses permettant de réduire les coûts, accroître l’efficacité et changer d’échelle. La question de l’accès au financement des PME, si elle n’est pas encore tout à fait résolue, connaît sans aucun doute une nouvelle ère d’opportunité

Soutien et mentorat, éléments essentiels d’un développement pérenne des PME

Travailler avec le bon mentor peut être la source d’innombrables avantages. En Afrique, nombreuses sont pourtant les PME qui doivent encore comprendre ce qu’implique une telle démarche. Le mentor « d’entrepreneuriat » remplit plusieurs fonctions. Il sert d’abord d’exemple et de modèle à ceux qui s’engagent dans la voie de la création d’entreprise. Il apporte son soutien, ses conseils, de la motivation, mais aussi un accès à ses réseaux et de la visibilité. Il doit savoir mettre son « poulain » face à ses responsabilités, lui proposer des idées, l’aiguiller, lui renvoyer la balle. Il doit aussi jouer le rôle de caisse de résonance, poser les questions difficiles et l’aider à trouver les bonnes réponses. Il doit enfin lui enseigner la valeur des réseaux et leur bon usage.

Au Nigeria, la Bank of Industry, la plus ancienne et la plus importante institution de financement du développement, soutient activement le mentorat des jeunes entrepreneurs en herbe. La Fondation Tony Elumelu, qui a crée plus d’un million de postes en générant 10 milliards de dollars de revenus pour l’économie africaine, a également placé le mentorat d’entreprise au coeur de son dispositif. Depuis son lancement en 2015, 3 000 mentors ont participé au programme dans le monde entier. Ils ont accompagné au total plus de 4 000 entrepreneurs. Le modèle inclut aussi une plateforme technologique qui permet d’accéder, partout sur la planète, à des tuteurs de tout premier plan.

Conclusion : Le financement des PME est essentiel au développement économique des pays pauvres et à la création d’emplois pour des populations jeunes, en forte croissance. Les défis sont cependant nombreux lorsqu’il s’agit d’assurer aux PME, de façon concrète et pérenne, les financements qui leur sont nécessaires. Plusieurs outils existent pour surmonter ces obstacles. Une approche bien pensée, combinant l’apport de liquidités, l’atténuation du risque, les nécessaires réformes réglementaires et un appui à l’éducation et au développement des compétences, sera à même de relever ces défis, pour bâtir un secteur privé solide et offrir ainsi des opportunités aux millions de citoyens prisonniers du cycle de la pauvreté.

A noter que l’Afrique francophone doit également s’appuyer sur des locomotives comme la Cote d’Ivoire, le Sénégal ou encore le Maroc, qui via la nouvelle politique d’offre de crédits de ses banques (Attijariwafa bank, Bank of Africa, Banque centrale populaire) et de ses assurances (RMA Watanya, FMSAR, etc) constitue un atout de choix pour accompagner le développement des PME africaines.


1 Source JA : https://www.jeuneafrique.com/16122/economie/pme-africaines-qui-tes-vous/

ANATO

Patrice Anato

Député de Seine-Saint-Denis, Membre de l’Assemblée Générale Française