FACT-CHECK: La vaccination contre la grippe saisonnière aggraverait-elle le risque d’atteinte par le COVID-19 ?

 

Les autorités sanitaires prévoient une deuxième vague de Covid-19 pour l’automne prochain, et les inquiétudes sont au rendez-vous car combattre deux fléaux en même temps, dont l’un s’avère être une pandémie particulièrement virulente et dangereuse, est un défi majeur de santé publique.

Comme chaque année, les autorités sanitaires recommandent de se vacciner contre la grippe saisonnière. Le directeur du Centre pour le Contrôle et la Prévention des maladies aux Etats-Unis (CDC), Robert Redfield, avait souligné l’importance de se vacciner contre la grippe pour limiter sa propagation et ne pas aggraver la situation épidémiologique liée au niveau coronavirus. Dans une interview accordée récemment au Washington Post où il a été questionné sur le vaccin contre la grippe, le virologue avait répondu : « (le vaccin) peut  faire la différence entre un lit d’hôpital étant disponible ou pas pour votre maman ou votre grand-mère qui serait atteinte du coronavirus. »

Toutefois, ces propos n’ont pas été bien reçus de tout le monde, car pour certains organismes comme le « Children’s Health Defense », une organisation fondée par Robert F. Kennedy Jr. qui est connu pour son scepticisme sur la question des vaccins, le vaccin contre la grippe serait très nocif dans le contexte du Covid-19. Sur ses réseaux sociaux, l’organisation publie un post où on lit : « Une étude du Pentagon : le vaccin contre la grippe augmente le risque d’atteinte par le coronavirus de 36% (et autres études à l’appui). » Ces explications ont été reprises par plusieurs autres plateformes et elles ont fait le tour des réseaux sociaux.

 

Est-ce donc vrai qu’il a été prouvé que le vaccin contre la grippe est nocif dans le contexte épidémiologique actuel ?

 

La Réponse est Non.

 

Tout d’abord, les experts confirment qu’il n’existe encore aucune étude scientifique qui traite du lien entre le vaccin de la grippe et la maladie du COVID-19.

L’étude qui a été citée par le « Children’s Health Defense » a été menée par la branche de surveillance sanitaire des forces armées américaines (AFHSB) en 2019 pour sonder la théorie selon laquelle la vaccination contre la grippe pouvait augmenter le risque d’atteinte par d’autres virus respiratoires. Quatre coronavirus qui sont responsables de rhumes saisonniers ont été observés, mais le SRAS-CoV-2 qui est responsable du COVID-19 ne fait pas partie de l’étude.  Par ailleurs, les résultats de cette dernière ont été contestés car elle ne prenait pas en considération dans ses paramètres les facteurs d’âge et de saison, des facteurs qu’on connaît être extrêmement influents dans le contexte des grippes et des épidémies liées à aux virus respiratoires.

Epidémiologiste et expert des maladies infectieuses à l’Institut de recherche de la clinique Marshfield, Edward Belongia  explique que cette théorie rentre dans le cadre du phénomène d’interférence virale, un phénomène encore sujet aux spéculations et à des études aux résultats mitigés. Il explique qu’à cause du manque d’informations,  cette théorie ne pouvait pas encore être proprement développée, lui aussi ayant participé en 2013 à une étude similaire avec le AFHSB ayant  conclu à l’inexistence d’un lien entre la vaccination contre la grippe et la détection des virus respiratoires non grippaux. Il est important de préciser que cette dernière étude de 2013 a été citée dans l’étude en question qui fait polémique dans les réseaux sociaux.

Le MHS américain ( Military Health System) , dont l’AFHSB fait partie, a noté que l’étude a utilisé des données collectées deux ans avant l’émergence de COVID-19 et a examiné les coronavirus saisonniers – «impactant les enfants et les adultes sans complications graves »- qui« n’ont pas le potentiel de propagation d’épidémie ou de pandémie ».

« L’étude ne montre ni ne suggère que la vaccination antigrippale prédispose en aucune façon au potentiel d’infection par les formes les plus graves de coronavirus, comme le Covid-19 », a indiqué le MHS.

En outre, selon le communiqué, « il est également important de noter que l’étude a trouvé des preuves d’une protection significative par la vaccination antigrippale non seulement contre plusieurs formes de la grippe, mais contre d’autres virus non grippaux très graves, tels que la parainfluenza, le virus respiratoire syncytial (RSV) et les co-infections non virales. Il est essentiel que les gens se fassent vacciner contre la grippe saisonnière chaque année à mesure que les vaccins deviennent disponibles. »