FACT-CHECK: QUELLE EST LA VERITE DERRIERE LES PUBLICATIONS SUR LES RESEAUX SOCIAUX QUI VANTENT L’EFFICACITE DE LA VERNONIE CONTRE LE COVID19 ?

Cette publication, partagée plus de 17.000 fois depuis le 21 mars 2020, a fait le tour des réseaux sociaux en vantant l’efficacité dans la lutte contre le COVID19 d’une plante qui s’appelle la vernonie.

La vernonie, aussi appelée « kongo bololo » en RDC ou « ndolé » au Cameroun,  est une plante qui pousse en Afrique tropicale où elle est connue pour ses nombreuses vertus. Elle est, avant tout, particulièrement appréciée en Afrique de l’Ouest et centrale où elle sert dans la cuisine locale pour  la préparation de soupes et de ragouts. En plus, cette plante est très réputée pour ses vertus médicinales. Caractérisée par un goût amer qui lui a valu l’appellation ‘bitterleaf’, la vernonie est souvent utilisée comme un remède naturel dans le traitement de certains maux.

Mais depuis le début de la pandémie, cette plante médicinale est aussi présentée par quelques internautes sur les réseaux sociaux comme un remède efficace pour le COVID-19. Non contente d’être vantée uniquement par les praticiens de la médecine traditionnelle, cette plante a aujourd’hui gagné la confiance notamment  de personnalités et de célébrités locales comme un remède fiable contre le nouveau coronavirus. Au Congo par exemple, une célébrité connue sous le nom de Fiston Sai-Sai et suivie par de nombreux internautes, a fait une publication sur son compte Facebook où il promeut la  vernonie comme un remède efficace contre le COVID19 dans une vidéo qui a été partagée plus de 5800 fois. Dessus, on voit le comédien étaler ses provisions de « kongo bololo », de citron et de gingembre, censés le protéger contre le  COVID19.

 

 

C’est les nombreux débats sur l’efficacité non démontrée de la chloroquine contre COVID19 qui ont déclenché une ruée sur les plantes antipaludiques en Afrique.

Suite à ceci, l’OMS a issu un communiqué où elle appelle à la prudence vis-à-vis l’utilisation incontrôlée de ces plantes.

Dans un communiqué issu le 4 mai 2020, l’OMS rappelle que « l’utilisation de produits destinés au traitement du Covid-19, mais qui n’ont pas fait l’objet d’investigations strictes, peut mettre les populations en danger et les empêcher d’appliquer des mesures telles que le lavage des mains et la distanciation physique qui pourtant sont des éléments cardinaux de la prévention du Covid-19« . L’OMS s’inquiète que ces pratiques « accentue(nt) le recours à l’automédication et accroît le risque pour la sécurité des patients« .

« Même lorsque des traitements sont issus de la pratique traditionnelle et de la nature, il est primordial d’établir leur efficacité et leur innocuité grâce à des essais cliniques rigoureux« , insiste le communiqué.

Interrogé sur la bonne pratique d’usage des plantes médicinales dans le traitement du nouveau coronavirus, Marc Litaudon, ingénieur de recherche à l’Institut de chimie des substances naturelles rattaché au CNRS explique :« La pharmacopée traditionnelle pourrait fournir des remèdes anti-infectieux (…), mais des enquêtes sérieuses et des évaluations rigoureuses doivent être menées pour valider les allégations« .

Il est important de rappeler que jusqu’à aujourd’hui, aucun traitement n’a encore été prouvé efficace contre le COVID19.

Par ailleurs, le bureau de Médecins sans frontières en RDC a rappelé récemment sur Facebook que « rien ne prouve » les vertus du « kongo bololo » contre le nouveau coronavirus.

 

Aussi, questionné par l’AFP sur le sujet de la vernonie, Richard Ndambo, médecin généraliste à l’hôpital de Kinkole à Kinshasa (RDC), répond : « Pour l’heure, le « kongo bololo » n’a aucun rôle à jouer dans la lutte contre le nouveau coronavirus. Pour qu’on accepte que cette plante soit considérée comme un remède, il faut qu’on trouve une molécule en son sein qui agit contre le germe, le virus. »

Malheureusement, cette croyance fixée sur l’efficacité non démontrée de cette plante médicinale a été à la source d’un accident mortel en RDC. En effet, fin mars 2020, plusieurs médias, dont la radio onusienne Okapi, ont relayé le décès de trois enfants de moins de dix ans « après avoir été purgés par leur mère de « kongo bololo » mélangé avec le citron » dans la commune de Selembao, dans le sud de la capitale Kinshasa (RDC).