Covid-19 : De la crise sanitaire globale à une nouvelle crise économique et financière mondiale ?

Depuis que l’épidémie de Coronavirus s’est globalisée, en quittant son épicentre de Wuhan, pour se mondialiser, nous assistons à un spectacle somme toute assez habituel en temps de crise déclenchée de manière pour le moins inattendue : peur excessive, paranoïa, schizophrénie, théories du complot et décideurs publiques, souvent aux abois, aux réactions segmentées et contrastées, oscillants entre excès de prudence et gestion attentiste. Si, bien entendu, le Covid-19 n’est ni la peste, ni la grippe espagnole, il présente, tout de même, une particularité que les « Major Outbreaks » contemporains, tels que la Grippe H1N1 ou le virus Ebola (qui a récemment fait plus de 2000 victimes en République Démocratique du Congo) n’ont, en raison de leur forte spécificité létale, fort heureusement pas eu : son impact sur le mode de vie, sur les habitudes quotidiennes des populations, pourtant majoritairement non-infectées, et sur l’économie mondiale, comme jamais aucune crise sanitaire mondiale récente avant lui.

L’épisode du Coronavirus qui, selon toute vraisemblance, sera, en tous cas sur le plan sanitaire, derrière nous dans trois ou quatre mois, a fait renaître, chez certains, de vieux réflexes qui nous accompagnent, trop souvent en temps de crise, à savoir l’irrationnel et le rejet radical de l’autre. La stigmatisation injuste et honteuse de la première Population touchée par le virus, à savoir les chinois et plus largement les asiatiques, marquera indéniablement les relations futures entre la deuxième puissance mondiale et le reste du Monde. Il aura fallu que l’épidémie se déplace et s’ « occidentalise », mais surtout que la Chine soit sur le point d’endiguer cette maladie, pour que le Covid-19 puisse être désormais perçu, non plus comme un problème chinois, ou une épidémie chinoise, mais comme une réelle menace globale, d’ailleurs, toujours pas, à ce stade, qualifiée de pandémie par l’OMS.

Se pose désormais, au-delà de l’impact sanitaire de ce virus – qui continue, hors de la Chine, à se propager de manière exponentielle, compte tenu des caractéristiques de transmission et de contagion de la maladie – la question de la dangerosité réelle des conséquences économiques à courts, moyens et longs termes du Covid-19. Le confinement obligatoire et les quarantaines imposées affectent la productivité des entreprises et des industries, déjà en souffrance à cause de la baisse du commerce mondial et de la grave perturbation des chaines d’approvisionnement de produits indispensables. Les secteurs du tourisme et de l’évènementiel, de l’aérien mais aussi de l’industrie automobile sont de plus en plus considérés comme sinistrés. Dans certaines régions, tous les jours plus nombreuses, l’activité économique est partiellement ou totalement à l’arrêt. Faute de garanties financières et de visibilités suffisantes, les investissements cessent. Le baril de pétrole est à son plus bas historique depuis cinq ans, faisant planer le risque d’un nouveau crash pétrolier durable. Les bourses plongent, rappelant les heures sombres de 2008 pour la finance mondiale. La bourse de Paris a, en quelques jours, perdu l’ensemble de ses gains enregistrés depuis le début de l’année 2019 et a signé, lundi 9 mars, la deuxième plus forte baisse de son histoire.

Si, comme à l’occasion de chaque crise, certaines opportunités économiques, notamment en matière d’innovation, apparaissent, elles ne suffiront pas, bien entendu, à compenser les pertes drastiques engendrées par les conséquences du Covid-19. Certains pays mettent tout juste en place un arsenal de réponses pour sauvegarder les entreprises en difficulté, pour soutenir les ménages et pour tenter de préserver leurs institutions financières nationales. Mais la réponse, pour éviter une récession mondiale et une crise financière durable de l’ampleur de celle connue en 2008, se doit d’être globale. Prises individuellement face à l’ampleur des conséquences du Coronavirus, les économies nationales sont trop faibles et trop interconnectées entre elles pour qu’elles puissent, à elles seules, répondre aux nombreux défis posés.

Certains pourfendeurs de la mondialisation « heureuse » et « enchantée » se sont empressés de pointer du doigt l’interconnexion économique mondiale et l’absence de frontières hermétiques, qui seraient, selon-eux, dorénavant devenues également dévastatrices en matière de santé publique. S’il est vrai que la globalisation favorise, par définition, la contagion et la propagation du virus – d’autant plus que le R0, le degré de contagiosité du Covid-19, est estimé par les spécialistes de l’OMS à 2,5 personnes auxquelles en moyenne un malade risque de transmettre la maladie – cela a toujours était le cas, quelles que soient les époques. La grippe espagnole de 1918, qui aurait fait plus de 50 millions de morts, serait également originaire de Chine et aurait muté aux Etats-Unis avant de faire des victimes en Europe, aux Etats-Unis et en Chine. La mondialisation ne saurait aucunement être la cause d’une épidémie, elle serait plutôt une donnée à prendre en compte pour contenir son expansion. Elle représente, également et sans conteste, un véritable atout pour la traiter et la combattre durablement.

C’est à travers la mondialisation de la recherche médicale et à travers le multilatéralisme, la coopération entre Nations, que les maux du Covid-19 seront combattus. C’est sans doute sur la relance du multilatéralisme, aujourd’hui chancelant et moribond, que le Coronavirus pourrait avoir un impact positif. Cette crise qui, nous l’avons vu, impose une réponse globale, sera déterminante pour réactiver la coopération internationale au sens large, au-delà de celle déjà constatée sur le plan médical et scientifique. C’est aussi à travers le multilatéralisme que le Monde sera, à travers les leçons apprises de l’épisode Covid-19, mieux préparé à affronter une prochaine épidémie similaire ou plus grave encore.

Enfin, il devient aujourd’hui clair que le Covid-19 – qui continue à faire des victimes, moins de 2% des personnes infectées, au sein des populations les plus fragiles, essentiellement les personnes âgées – fait peser davantage de risques sur les économies que sur les populations qui s’arment efficacement pour mieux l’affronter. Sur le plan économique et financier une réponse proche de celle de 2008, qui a vu l’instauration du G20 et d’une panoplie de mesures efficaces de soutien à l’économie mondiale et à la finance internationale, est plus que jamais attendue. Le FMI a d’ores et déjà appelé à « une réponse internationale coordonnée » en invitant les nombreux Etats impactés à prendre des mesures budgétaires, fiscales, monétaires, financières et sociales « importantes ». Cette coordination, encore timide voire inexistante à ce jour, doit également pouvoir soutenir les économies des pays moins développés, structurellement plus fragiles, également impactés par le Covid-19. Si la crise financière de 2008 avait jadis essentiellement touché les pays membres de l’OCDE, le risque de récession pèse, aujourd’hui, sur toutes les économies affectées par le Coronavirus, qu’elles soient riches ou moins riches. Sans mesures rapide et efficaces pour les combattre, les conséquences économiques de l’épidémie du Covid-19 risqueraient donc d’être potentiellement plus globales que celles de la dernière crise financière internationale.                         

 

Brahim Fassi Fihri