Brahim Fassi Fihri : la réforme n’est pas morte à Marrakech

L’évolution démocratique de notre pays est irréversible. Les poches de résistances qui s’opposent à ce nouveau projet de société se sont exprimées de la manière la plus odieuse possible. Ces forces invisibles, qu’elles soient issues de l’intérieur ou de l’extérieur du Maroc, doivent être fortement combattus par tous les démocrates et par tous les marocains épris de liberté. La lutte effrénée contre l’obscurantisme, dans un cadre légal et démocratique, doit être le dénominateur commun rassemblant toute notre société. Toutes les forces vives de la Nation doivent s’unir autour de deux facteurs de mobilisation : la poursuite de la libéralisation politique de notre pays et la sauvegarde de notre patrimoine national qu’est la tolérance et le respect de la diversité.

Approche inclusive et participative

La vie reprendra ses droits. Marrakech et sa prestigieuse place sont immortelles. Le processus de réformes en cours est également immortel. Je suis de ceux qui sont convaincus que ce processus ressortira renforcé de cette tentative de déstabilisation. Les plus grandes démocraties ne sont pas à l’abri d’actions comparables. L’argument de la « stabilité par la sécurité » est désormais caduc. Il est important de réaffirmer aujourd’hui plus que jamais que la « stabilité c’est la liberté » !

Cet attentat odieux coïncide avec la remise du mémorandum de l’Institut Amadeus à la Commission Consultative de la Révision de la Constitution (CCRC). Livré à peine quelques heures après cet atroce acte criminel, le contenu de ce document livré a été remis en cause. Nous nous sommes interrogés sur la pertinence de proposer l’abolition de la peine de mort alors qu’un acte de tuerie prémédité venait de se produire dans notre pays. Nous nous sommes également interrogés sur la pertinence de notre proposition d’interdire constitutionnellement tout type de privation de libertés et de détention arbitraire. Mais une fois le choc de cet événement dispersé, toutes ces hésitations ont été balayées puisqu’aucune virgule du document initiale n’a été modifiée. Car en aucun cas nous ne cèderons au chantage terroriste.

L’Institut Amadeus, « think tank » marocain constitué en majorité de jeunes spécialistes des questions politiques, a tout naturellement dès le lendemain du Discours Royal, entamé un processus de consultation et de réflexions internes et externes autour du chantier de la réforme constitutionnelle dans notre pays. Notre volonté de respecter l’ « approche inclusive et participative » sur laquelle à longuement insisté le Roi Mohammed VI dans son discours du 9 mars, a été matérialisée par l’organisation d’une conférence-débat le 21 avril dernier, avec des représentants de partis politiques, des médias et de la société civile.

Les principales conclusions de cette conférence et de nos différents débats internes nous ont permis de cadrer notre document autour des 7 axes énoncés par le Souverain, mais aussi sur le rôle de la monarchie, du parlement et des médias. Notre objectif n’était pas d’écrire ou de proposer la Constitution idéale, mais de participer à ce processus de consultations politiques, avec le recul que peut avoir un centre de recherche et de réflexion indépendant comme l’Institut Amadeus.

Brahim Fassi Fihri

Président de l’Institut Amadeus