Brahim Fassi Fihri : La révolution marocaine !

J’ai reçu plusieurs commentaires à mon précédent « Point de Vue » du mois de février. On me reprochait d’insister fortement sur « l’exception marocaine »  et d’occulter la nécessité d’engager un nouveau processus de réformes. C’est évidemment inexact, puisque mon analyse se concluait par l’exigence de relancer et de renforcer davantage la transition démocratique de notre pays.

Les événements en cours dans le monde Arabe traduisent une volonté des populations de remettre en mouvement des Etats vitrifiés. Au Maroc, les populations, appelaient à travers des revendications hétéroclites à ré-impulser la dynamique née avec l’avènement du nouveau règne, en position d’arrêt depuis 2007. Nous nous sommes depuis installés dans un contexte politique de discours sur la réforme, qui se traduit par un immobilisme progressif. Mohammed VI, en proposant la régionalisation avancée et surtout en annonçant une réforme constitutionnelle globale a mis fin à cet immobilisme. Loin d’être une réponse ponctuelle à des attentes légitimes, cette réponse s’inscrira de façon crédible dans un avant et un après. Cette nouvelle forme de gouvernance annoncée par le Roi a également eu le mérite de donner plus de visibilité à l’action politique. Les marocains qui se sont installés depuis le début du « Printemps Arabe »  dans un  double climat marqué d’anxiété et d’ivresse à participer à un mouvement historique, ont aujourd’hui une réponse claire sur une nouvelle forme de gouvernance, où ils seront encore plus partie prenante de la construction de leur avenir.

Ce discours constitue indéniablement un grand moment dans l’évolution institutionnelle et politique du Royaume. Le Maroc est en effet à la veille de connaître de véritables bouleversements dans l’organisation et le fonctionnement de son dispositif constitutionnel et territorial.

Interrogeons-nous à présent sur le timing de cette évolution. Est-elle le fruit des contestations sociales et de la pression du Mouvement du 20 Février ? Ou était-elle dans l’agenda politique ?

A l’évidence c’est un peu des deux. La Commission consultative de la régionalisation (CCR) , installée le 3 janvier 2010, a rendu ses conclusions début février 2011. Une régionalisation avancée qui  aurait conduit de toutes les façons à une révision de la constitution. Les annonces faites mercredi par le Roi s’inscrivent clairement dans une vision de changement, établie depuis le début de son règne. L’installation du Conseil Economique et Social, la création du Conseil National des Droits de l’Homme ainsi que les conclusions de la commission de la régionalisation, démontrent que les annonces du discours royal ne sont visiblement pas les fruits d’un schéma faisant prévaloir la précipitation et l’improvisation. Les événements du 20 février ayant sans aucun doute contribué à une accélération de ces annonces. Le discours du 9 mars laisse clairement transparaître que le Roi est en phase avec les attentes et les exigences de son peuple. Et c’est précisément là où réside cette fameuse « exception marocaine » !

Cette révision constitutionnelle est l’acte fondateur d’une démocratie renouvelée. Il appartient donc aux partis politiques de jouer le rôle qui leur revient dans cadre démocratique classique. Sont-ils prêts à la faire ? Clairement oui. Mais sans une réelle mue, sans une transformation complète des règles de fonctionnement et surtout sans une capacité réelle à répondre aux aspirations des populations et de la jeunesse en particulier, ceux-ci risquent de rater leur rendez-vous avec l’Histoire.

Le Roi a engagé une réelle Révolution, c’est maintenant au tour des partis d’en faire autant !

Brahim Fassi Fihri

Président de l’Institut Amadeus