Brahim Fassi FIhri : Le Peuple a voté

Conscients ou pas, des réelles et nombreuses avancées de la prochaine Constitution, les marocains se sont, très certainement pour la première fois de l’Histoire de notre pays, mobilisés en masse à l’occasion du scrutin pour soutenir le projet du Roi. Il est incontestable que les nouveautés présentées dans le projet de Constitution sont de solides pas en avant pour la construction d’un Etat de droit, d’une démocratie parlementaire et une définition de la Nation plus inclusive. Ce texte est un socle et une plate forme d’expression d’une société démocratique et moderne. Loin d’être une finalité ou une fin en soit, cette nouvelle Constitution doit être un réel tournant historique dans la vie institutionnelle et politique de notre pays.

Le projet de Constitution, profondément libéral et moderniste pour un pays arabe, est comme je l’ai déjà souligné dans une précédente analyse, équilibré et pragmatique. Il répond aux attentes réformatrices, sans pour autant remettre en question les constantes de la Nation. Sur cette base réaliste, il consacre l’équilibre des pouvoirs et défini pour la première fois les limites du champ d’intervention du Roi qualifié d’ « Arbitre suprême», ne possédant désormais que les pouvoirs régaliens liés à la religion, à la défense et à la stabilité de l’Etat.

Le Référendum du 1er juillet est donc un point de départ et ouvre un nouveau chapitre de la vie institutionnelle de notre pays. L’enjeu fondamental des prochains mois, sera de sortir de l’euphorie de ce résultat pour pouvoir réellement répondre aux aspirations du Peuple marocain. Le danger sera pour nos gouvernants de considérer que les troubles sociaux seront résolus avec ce vote massif. Attention à l’ « effet de grâce » et à son pouvoir dévastateur! Il est désormais vital de donner vie à la Constitution par la pratique. Un nouveau mode de gouvernance politique, de nouveaux réflexes et de nouvelles règles doivent émerger et s’imposer afin de répondre définitivement aux aspirations clairement et fortement exprimées par le Peuple marocain. Aux partis politiques de profiter de cette nouvelle donne pour pouvoir proposer de véritables projets de sociétés aux marocains. Leur mue interne et la transformation complète des règles de fonctionnement des partis politiques, sont plus que jamais nécessaires. Les élites politiques doivent être renouvelées et modernisées, pour pouvoir répondre aux nombreuses attentes sur le plan social du peuple marocain.

Le prochain gouvernement élu, héritera d’une situation socio-économique difficile. L’état des finances et de la dette public est alarmant. Le taux de chômage des jeunes de moins de 35 ans est important. Le système éducatif public ne forme pas et n’offre que très peu de débouchés. L’insécurité dans les zones urbaines est de plus en plus inquiétante. La compétitivité du Maroc sera mise à mal par la crise de l’Euro. Et le tourisme doit être relancé. Le prochain gouvernement aura également la tâche de présenter plusieurs lois organiques, dont dépend la mise en application de plusieurs articles de la prochaine Constitution.

Les partis politiques marocains auront pour la première fois, et dans un délai très court, la double-tâche d’aspirer à être des forces d’adhésions, tout en proposant de réels programme électoraux capables de répondre aux défis de la situation économique et sociale de notre pays. Sans une capacité réelle à répondre aux aspirations des populations et de la jeunesse en particulier, ceux-ci risquent de rater leur rendez-vous avec l’Histoire. L’amorce du dernier virage de la transition démocratique dépend en réalité de la capacité ou de l’incapacité des partis politiques de se mouvoir en réels porteurs de projets de sociétés. Au-delà du résultat des prochaines élections législatives, le taux de participation, qui était de 37% en 2007, sera un indicateur important du degré de confiance des électeurs dans les partis politiques. Plus que cela, ce taux sera à mon sens  à considérer comme le véritable résultat politique du référendum.

Enfin, j’aimerai déplorer le fait que les partis et groupes opposés à la Constitution, aient appelé au boycott plutôt qu’au Non. Il nous est ainsi impossible à quantifier leur poids sur la scène politique de notre pays. La contestation dans la rue est certes spectaculaire, mais pour pouvoir aspirer à être de véritables forces d’oppositions démocratiques, le Mouvement du 20 février et ses soutiens doivent accepter de rentrer dans l’arène politique. La contestation est une piqure de rappel, un moyen de pression, mais certainement pas un projet de société proposant des solutions politiques pour répondre aux défis de notre pays !

Brahim Fassi Fihri
Président Fondateur de l’Institut AMADEUS