Victoire du PJD, le changement par la stabilité

Cette nouvelle phase est porteuse de nombreux espoirs pour l’ensemble des démocrates dans notre pays. La victoire du PJD,  il n’en déplaise aux « modernistes », est assurément le gage d’un renforcement démocratique. Le vent d’espoir perceptible dans la société marocaine depuis la proclamation des résultats, n’est pas le fruit d’une « radicalisation » ou d’un conservatisme latent, il est plutôt caractérisé par un phénomène auquel les marocains n’étaient pas (ou plus) habitués : le changement par les urnes est aujourd’hui possible. Les marocains avaient soif d’alternance, ils l’ont très clairement exprimé et ils ont été écoutés !  Le 25 novembre a bouleversé les paradigmes poussiéreux et obsolètes en étant la première étape de la réconciliation des marocains avec leurs politiques.

Les lectures des résultats de ce scrutin sont nombreuses et riches en enseignements. Il est tout d’abord essentiel d’insister sur le fait que ces élections se sont déroulées dans un climat général de transparence, salué par l’ensemble des partis et par les 4000 observateurs nationaux et internationaux. Ces derniers ont également souligné qu’il n’y a eu, à aucun moment, intervention ou influence de l’appareil d’Etat, dans le bon déroulement du vote et dans l’opération de comptage des voix. La neutralité de l’ « administration » a donc fini de crédibiliser les promesses de réformes politiques portées par la nouvelle Constitution.

Raz-de-marée

Il est ensuite essentiel de souligner que le taux de participation en baisse permanente depuis les élections de 1997 a connu un rebond significatif. Passée de 37% en 2007 à 45,40%, en 2011, la participation peut être qualifiée d’encourageante, malgré le niveau décevant de la campagne électorale et de l’offre politique. Qualifié par de nombreux observateurs comme étant l’enjeu principal des élections, le taux de participation a sans doute été relégué à une simple donnée par les résultats et l’ampleur de la large victoire (nous pouvons parler de raz-de-marée) du PJD et ses 107 députés.

Les électeurs se sont en effet prononcés avec force en faveur de l’alternance politique. Dans  un contexte national et régional fortement marqué par les Printemps Arabes, le PJD est le seul facteur exprimant la dualité changement/stabilité à laquelle sont attachés les marocains. Le Roi Mohammed VI a été l’architecte des réformes engagées depuis le Discours du 9 mars, le PJD et le gouvernement Benkirane en seront les maitres d’œuvre.

En votant massivement pour le PJD, les marocains ont fait le choix de porter au pouvoir un parti vierge et sans passifs. Il ne s’agit pas d’un vote religieux ou idéologique mais plutôt d’un souhait de voir plus d’éthique et de bonne gouvernance dans la vie politique. Avant de voir leur gouvernants répondre à leurs aspirations, les marocains veulent que nouveauté soit conjuguée avec  Les électeurs récompensent également le parti ayant réalisé la meilleure campagne électorale. Très présents sur le terrain et sur les questions sociales, les dirigeants du parti, et notamment Abdelillah Benkirane, ont eu un discours direct et sans langue de bois, tranchant avec les déclarations assez consensuelles de leurs adversaires.  A noter aussi que le PJD est devenu un acteur aguerri  de la scène politique nationale du fait de son passé « sérieux » dans les rangs de l’opposition pendant 15 ans. Considéré comme « proche du peuple », il s’est toujours targué de porter la voix  de ce dernier au Parlement où il est vrai que la réputation de ses élus comme hommes et femmes de dossiers n’est plus à faire. Leurs suivis méticuleux de l’ensemble des affaires du pays a ici payé.

Le plébiscite du PJD, ne doit pas nous faire oublier les autres partis, et notamment ceux qui seront amenés à former la future coalition gouvernementale.  Le parti de l’Istiqlal, se maintient à son niveau de 2007, malgré l’usure du pouvoir, et les campagnes politico-médiatiques orchestrées pour décrédibiliser ce parti. Avec 60 députés, le parti de la balance démontre qu’il possède toujours une importante base électorale. L’expérience gouvernementale de l’Istiqlal et sa proximité idéologique avec la PJD sera un atout considérable pour la prochaine majorité.

Echecs cuisants

L’autre fait marquant de ces élections, est sans conteste l’échec du « G8″ (et du RNI) dans sa tentative de barrer la route au PJD. Cette alliance incongrue et contre-nature a certainement contribué à crédibiliser davantage le PJD auprès des électeurs. La diabolisation du PJD n’est pas une stratégie électorale. Malgré le bilan globalement positif des ministres rnistes, l’importance des moyens mis à la disposition des candidats dans la préparation de l’échéance électorale, l’exubérance de certains cadres de ce parti et l’émergence d’un discours populiste dans les derniers jours de la campagne, ont fini de décrédibiliser un parti qui se voyait peut être un peu « trop beau »! Les marocains sont à la recherche de lisibilité politique alors que le regroupement artificiel de l’Alliance pour la Démocratie a flouté l’éventail politique.

Pour ses premières législatives le PAM réalise un résultat honorable en devançant plusieurs partis historiques comme l’USFP et le Mouvement Populaire.  Le parti s’est débarrassé d’une grande partie de ses « notables » (accueillis à bras ouverts par le RNI) et a présenté des candidats aux profils intéressants. Le PAM devra démontrer dans l’opposition qu’il s’agit peut-être d’un parti viable et crédible. La victoire du PJD peut être une opportunité à saisir pour le PAM, qui peut se muer en première force d’opposition à la future majorité. A condition que cette opposition soit constructive et positive…

Les élections se suivent et se ressemblent pour l’USFP. Malgré l’élection de l’ensemble des candidats du bureau politique du parti de la rose, le poids électoral de l’USFP, en chute libre depuis 1997, est en contradiction avec son poids politique et historique. La probable alliance PJD-Koutla permettra-t-elle de relancer le parti (qui a plutôt besoin d’une cure d’opposition) ? La question reste ouverte…

Enfin, le Mouvement Populaire est probablement le plus grand perdant de ces élections. Troisième en 2007, il est 6eme en 2011! Le MP est le parti ayant le plus souffert de la création du PAM et de la mise en place du G8. L’approche consensuelle des leaders de ce parti, son passage de l’opposition à la majorité et la présence de plus en plus remarquée des autres formations politiques en milieu rural, démontrent que le positionnement global de ce parti historique est complètement à revoir. Le MP jouera sa crédibilité au sein de la majorité.

Euphorie mais vigilance

La nouvelle Constitution a ouvert un nouveau chapitre de la vie institutionnelle de notre pays. Les élections du 25 novembre ont plongé le pays dans une certaine euphorie, qui ne doit pas nous faire oublier les nombreux enjeux de la prochaine législature. Le gouvernement Benkirane, héritera d’une situation socio-économique difficile dans un contexte international largement fragilisé. L’état des finances et de la dette public est alarmant. Le taux de chômage des jeunes de moins de 35 ans est important. Le système éducatif public ne forme pas et n’offre que très peu de débouchés. L’insécurité dans les zones urbaines et de plus en plus importante. La compétitivité du Maroc sera mise à mal par la crise de l’Euro. Et le tourisme doit être relancé. Le prochain gouvernement aura également la tâche de présenter plusieurs lois organiques, dont dépend la mise en application de plusieurs articles de la prochaine Constitution.

Nous entrons dans une phase très excitante pour les observateurs politiques que nous sommes. Il incombe à tous les marocains de soutenir et d’appuyer la prochaine équipe dans sa lourde tâche en lui accordant un délai raisonnable, tout en restant vigilants en lui interdisant la mise en péril des acquis et des libertés individuelles. Le bilan de la première alternance est très largement mitigé, la seconde alternance a créé une telle vague d’espoirs que son échec ne peut être permis.

Je voudrais conclure en citant l’ancien Président du Pérou Alejandro Toledo, qui a affirmé lors des MEDays 2011, « qu’il ne suffit pas d’être élus comme des démocrates, mais qu’il faut gouverner comme des démocrates» !